Oscar et la dame rose**, Eric-Emmanuel Schmitt

Oscar

On pourrait facilement faire des reproches à cet ouvrage, en particulier sur la forme : Oscar, 9 ans, ne s’exprime absolument pas comme un enfant et sa façon d’aborder les choses sent l’adulte déguisé à plein nez. 

Je préfère rendre mérite à l’auteur d’avoir osé aborder un sujet sensible : le malaise actuel de notre société face à la mort, et de l’avoir pris de front avec ce récit de la fin de vie d’un enfant atteint d’une maladie incurable. 

Dans une société qui a choisi depuis deux générations d’exclure la mort et l’extrême vieillesse du champ social, la solitude d’Oscar interpelle. L’auteur rend parfaitement l’embarras des soignants comme le trouble des parents, interprété fort justement par l’enfant comme de la lâcheté face à cette évidence : il va mourir, pourquoi personne n’a-t-il le courage de lui dire et de l’accompagner véritablement dans cette tâche difficile ? 

Cette histoire, mal écrite mais bien conduite, fonctionne finalement.

 

Mille soleils splendides*** de Khaled Hosseini (Ed. 10/18, 409 p)

mille_soleils_splendides

Toujours autant de talent chez ce conteur qui réussit à nous faire traverser trente années de vie afghane sans misérabilisme. L'instauration du régime communiste, la victoire des moudjahidins et leurs querelles internes, la prise de pouvoir des talibans puis l'intervention américaine sont vécues au travers du regard de deux femmes, personnages superbes et attachants.

Au travers de son écriture sensible et délicate, Khaled Hosseini nous montre tout l’amour qu’il éprouve pour son pays et tente encore une fois de lutter contre la violence et l’intolérance.

 

La Vie en sourdine** de David Lodge (éd. Rivages, 458 p)

vie_en_sourdine

Peu de contenu et pourtant du charme dans cette narration détaillée de la vie ordinaire d’un  retraité universitaire. Vacuité de la vie d’inactif, vieillesse du père qu’il faut accompagner, et surtout la surdité qui s’installe et, doucement, isole. 

Fort agréablement écrit, ce livre à consonance autobiographique décrit parfaitement les affres du déclin et de  l'avancée en âge. Il sensibilise intelligemment à ce handicap, discret mais irrémédiable, pouvant provoquer une exclusion définitive de la vie sociale. 

Réservé aux bons lecteurs prêts à se laisser porter tranquillement par un roman.


 

La cuisinière d’Himmler****, Franz Olivier Giesbert (Gallimard, 369 p)

Que les amateurs d’histoire passent leur chemin, ce personnage de mamy centenaire qui retrace sa traversée du XXème siècle (dans un esprit proche du livre Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, d’ailleurs cité dans les sources) est aussi passionnant qu’improbable. 

Vrai coup de cœur pour cette femme haute en couleur, pragmatique, à la force de vie inépuisable. Si ce récit n’est en rien biographique, et même parfois tiré par les cheveux, il forme un hommage à tous ceux qui ont traversé la grande boucherie que fut ce siècle, qui ont su s’en relever, et ont eu la force de croire que la vie était toujours devant eux. 

Une belle surprise. Très appréciable également : la citation des sources à la fin de l’ouvrage ainsi que les recettes de cuisine que je vais tester prochainement. 

 

La mort du Roi Tsongor***, Laurent Gaudé (livre de poche, 219 p)

mort_roi_tsongor

Tsongor, grand souverain africain, dirige un royaume conquis après de longues années de guerre. La veille du mariage de sa fille, un ami d’enfance de celle-ci surgit pour exiger sa main. Le roi doit trancher entre les deux prétendants. 

Ce roman théâtralisé, aux phrases courtes et hachées, emprunte sans scrupules à tous les horizons (histoire d’Hérode, guerre de Troie, jardins de Babylone, armée enterrée, amazones) pour créer un conte à portée universelle sur la conquête et la guerre. 

Le style, tout comme cette prétention à l’universalité, pourront irriter légitimement certains lecteurs. Pour moi cela a fonctionné, j’ai beaucoup aimé.

 Cette fable africaine m’a remémorée les rois Zoulous Shaka et Digane (cf l’Alliance de Michener). Rythmée par d’incessantes batailles, elle forme une réflexion sur le pouvoir et le sacrifice, sur la honte et la rédemption, sur l'exil. Elle n’enjolive pas les héros. En renvoyant tous les personnages à leur nature profonde, à leur propre bestialité, elle offre une représentation réussie de l’aspect barbare de l'humanité toute entière. 

Beaucoup de talent et une belle réussite.

 

Les heures**, Michael Cunningham, (Pocket, 222 p)

heures

Il faut certainement connaître l’œuvre de Virginia Wolf, et en particulier Mme Dalloway, pour apprécier toutes les subtilités de ce roman-hommage. 

Ce n’est pas mon cas, pourtant la structure maîtrisée du récit et la finesse des descriptions des héroïnes  (Virginia Wolf, Mme Dalloway l’héroïne de son livre et Laura  la lectrice de son roman) m’ont imposé le respect. 

Difficile cependant de ressentir un véritable élan pour ces trois femmes,  prisonnières de leur mal-être,  perdues dans leurs réflexions sur la mort et le rapport au temps. 

Peut-être n'y a-t-il rien, jamais, qui puisse égaler le souvenir d'avoir été jeunes ensemble. Peut-être est-ce aussi simple que cela. 

  

Une odeur de Gingembre***, Oswald Wynd (Folio 474p) 

odeur_de_gingembre

Ce journal d’une jeune écossaise qui part en Chine pour épouser un anglais qu’elle connait à peine dégage un parfum d’exotisme très plaisant.

Découverte simultanée du pays, de la vie maritale, et de la complexité des relations sociales dans ces communautés fermées d’expatriés.  Rappel bienvenu pour le lecteur (ou la lectrice) d’une époque où les jeunes filles ne quittaient la tutelle de leurs parents que pour tomber sous le joug marital. Ce récit de voyage se poursuit jusqu’au Japon.

Le destin de cette femme de caractère du début 20ème siècle, vivant dans un monde entièrement écrit et dominé par les hommes, laisse une saveur douce-amère.

 

Les heures souterraines***, Delphine de Vigan (Le livre de poche, 249 p)

heures_souterrainesBeau roman, émouvant, triste et sensible sur la solitude moderne. 

Deux destinées face à l’adversité. Un homme qui refuse les miettes d’amour qu’on lui tend ; une femme dans la lente descente aux enfers du harcèlement moral. 

Ce livre se lit d’une traite, magnifique description du monde de l'entreprise et de ses travers. 

 Extrait : Il faut qu’il la quitte. Il faut que ça s’arrête. Il a suffisamment vécu pour savoir que cela ne se renverse pas. Lila n’est pas programmée pour tomber amoureuse de lui. Ces choses-là sont inscrites au fond des gens comme des données dans la mémoire morte d’un ordinateur. Lila ne le reconnaît pas au sens informatique du terme, exactement comme certains ordinateurs ne peuvent lire un document ou ouvrir certains disques. Il ne rentre pas dans ses paramètres. Dans sa configuration (…) Il est trop sensible, trop épidermique, trop impliqué, trop affectif. Pas assez lointain, pas assez chic, pas assez mystérieux. Il n’est pas assez.

 

La possibilité d'une île***, Michel Houellebecq (Livre de poche, 480 p)

Sur les conseils d’un ami proche, je reprends Houellebecq et partage entièrement son avis sur cet ouvrage : les livres écris précédemment par l’auteur ne possibilite_d_une_ilel’ont été que pour l’amener à celui-ci, le meilleur et le plus abouti. 

S’il y reprend des thèmes déjà explorés (misère sexuelle, vacuité des rapports humains), l’auteur se livre enfin de façon plus personnelle et expose sans faux-semblants son point de vue sur l’existence et sur la société qui l’entoure. Que l’on partage ou pas son point de vue (et les critiques virulentes des lecteurs montre à quel point il déchire l’opinion) n’est peut-être pas le plus important. L’existence même de ce regard critique, sa sincérité, sa lucidité crue, est un plus pour tous de part sa rareté dans le paysage littéraire et de part le débat qu’il suscite. 

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture ; récit pathétique, déchirant et émouvant d’une existence humaine dont les désirs et l’envie d’amour ne déclinent pas, tandis que ses possibilités d’obtention du bonheur s’amenuisent. Ce texte pourrait être perçu comme une forme d’invitation au bouddhisme et à l’abandon du désir inextinguible causant notre malheur, mais l’auteur a construit en parallèle dans son récit un corollaire à peine plus engageant : l’anticipation d’une société humaine débarrassée de ses pulsions, à la vie semi végétative. Alors entre la tentation du désir et son abandon, point de salut ? Et quelles possibilités de bonheur ? 

Même si ces questionnements ne sont pas récents, l’ambition de la démarche tout comme ce regard tendre et cruel posé sur une société au bord du gouffre le fait enfin rentrer à mes yeux dans la catégorie qu’il semblait briguer depuis le départ : celles des auteurs qui comptent. Je lui mets donc cette fois un grand « A ».

  

Une pièce montée**, Blandine Le Callet. (Livre de poche 252 p)

pi_ce_mont_eNeufs tranches de vie pour reconstituer une journée, la journée de mariage d’un couple bourgeois de province.

Cela aurait pu être indigeste, fort heureusement le gâteau a été monté avec une mousse légère. Si on y retrouve des lieux-communs attendus (l’engueulade du couple de retardataires, les doutes du marié,  la belle-sœur impossible à caser), le traitement caustique et  décalé  leur donne une vraie fraîcheur. La famille y est présentée comme le grand lieu du conformisme, le mariage comme  la cristallisation de toutes ses attentes. Au milieu de tout cela, les personnages tentent d’exister et de trouver leur place avec des conclusions inattendues.

 Court, plaisant, le livre de détente idéal pour un après-midi.

 Extrait : Au fil des années, il lui est apparu comme une douloureuse évidence que personne n’espérait trouver en lui une aide véritable. Au fond, les gens ne croient pas qu’un homme menant une vie comme la sienne – une vie si différente- puisse leur être d’un grand secours. C’est une erreur, bien sûr, mais c’est ainsi. Il a compris que les fidèles ont surtout besoin d’une figure locale, dont ils savent qu’elle sera toujours à sa place, une sorte de père inoffensif dont on connait par cœur les leçons, même si on a besoin qu’il les répète tous les dimanches, à l’infini.

 

 La délicatesse*, David Foenkinos. (Pocket)  

d_licatesseUn titre alléchant pour un résultat peu convaincant. Si l'auteur réalise quelques bons, voire très bons passages, il plombe le livre avec des notes de bas de pages prétentieuses, des entrées de chapitre ridicules (ex : la liste des albums que Lennon aurait composé s'il n'était pas mort) et une histoire trop molle pour accrocher le lecteur. Ne vous laissez pas abuser par les 10 prix littéraires mis en avant par l'éditeur pour doper ses ventes, il s'agit essentiellement de prix distribués par des cercles de villages.

Facile à lire mais trop inégal.

 

 

Le soleil des Scorta*** Laurent Gaudé. (Acte Sud  246 p – Prix Goncourt 2004)  

le_soleil_des_scortaGoncourt mérité pour ce beau livre, âpre, puissant.

Sous le soleil brûlant du sud de l’Italie, sur une terre desséchée et pauvre, le destin d’une lignée maudite suivie de génération en génération, la famille Scorta. Histoire intemporelle d’une famille qui cherche à échapper à son destin miséreux et à ce soleil destructeur. Histoire de vengeance et d’amour, de solidarité et de transmission familiale. Cette belle écriture nous fait découvrir au fil des pages toute la saveur de la vie.

 Extrait : Longtemps, l’odeur chaude et puissante du laurier grillé resta, pour eux, l’odeur du bonheur.

 

 

  

  La carte et le territoire*, Michel Houellebecq. (Flammarion 428p )   - Prix Goncourt 2010

Je me suis souvent interrogée sur le succès de Houellebecq et sur le tapage médiatique qui entoure l’arrivée de chacun de ses livres. Certains estiment que c’est le résultat d’un marketing intensif allié à des provocations déplacées, d’autres le classe dans les écrivains majeurs de la littérature française contemporaine.  Personnellement, mes différentes lectures (Les particules élémentaires, Extension du domaine de la lutte, La carte et le territoire) ne m’ont jamais donné le sentiment d’un auteur avec un grand A. 

La carte et le territoire se lit agréablement après un départ un peu poussif, le personnage principal se révèle attachant. Houellebecq se met lui-même en scène sans complaisance dans son livre, dans la peau d’un personnage alcoolique et misanthrope, assez fidèle à la réalité semble-t-il. Narcissisme poussé à l’extrême diront certains, trait de génie littéraire diront d’autres.  Au final, rien de révolutionnaire dans cette œuvre se déroulant dans le marché de l’art et le petit microcosme parisien/people pour finir dans une étrange imitation de roman policier. Un prix Goncourt usurpé ?

 Il me semble que la véritable originalité des livres de Houellebecq réside dans son point de vue désabusé sur le monde, ses héros sans attaches, pleinement conscients de leur solitude et de l’inanité de tout lien social ;  l’ironie de leur réussite alors même qu’ils ne s’y intéressent pas. On peut estimer que c’est dans les liens entre les uns et les autres que se trouve la véritable saveur de la vie, ou bien adhérer à cette vision désenchantée du monde qui fait l’originalité (ou la lucidité ?) de ses romans, c’est un choix très personnel.

Un auteur difficile à conseiller par conséquent…

 Extrait : « C’est vrai, je n’éprouve qu’un faible sentiment de solidarité à l’égard de l’espèce humaine… » dit Houellebecq comme s’il avait deviné mes pensées. Je dirais que mon sentiment d’appartenance diminue un peu tous les jours.»

 

Dans les coulisses du musée**, Kate Atkinson. (Livre de poche 408 p – Prix Whitbread 1996)

dans_les_coulisses_du_mus_eToute l’histoire d’une famille anglaise ordinaire, sur trois générations, racontée par la petite Ruby,  qui naît au début du récit et prend vite conscience qu’elle n’était pas attendue. L’histoire est constituée de nombreux récits imbriqués, aller-retour réguliers entre passé et présent, qui présentent l’ensemble des personnages de la famille, leur passé et leur vécu, les épreuves des deux guerres. La jeune narratrice porte sur l’ensemble de ce tableau un regard très ironique et distancié.

 Le récit est foisonnant, avec des passages intéressants, mais on se demande longtemps où tout cela nous emmène…Finalement, je me suis fait attraper par ce livre qui m’a véritablement émue mais il reste difficile à recommander, la mayonnaise peut prendre ou ne pas prendre.

 Extrait : Georges et Bunty  se sont rencontrés en 1944. Georges n’était pas le choix initial de Bunty, c’était Buck, un sergent américain (ma grand-mère avait eu un problème de mariage analogue  en temps de guerre), mais Buck s’était fait sauter le pied en jouant avec une mine anti-personnelle (…) Ainsi Georges avait-il eu gain de cause.

 

 La nuit des enfants rois*, Bernard Lenteric. (Livre de poche 280 p)

 Ce n’est pas un roman d’anticipation, mais plutôt semi-fantastique dans le style des romans de Barjavel (la nuit des temps) ou de Pierre Boulle (La planète des singes). C’est frais, naïf et un peu daté également. Mais c’est agréable à lire, et parfait pour jeunes lecteurs, 13/ 15 ans.

 Extrait : « Leur lenteur d’esprit est à vomir… Apprendre à lire et à écrire ! Comme s’il fallait des semaines pour y arriver ! Pourtant pas difficile de comprendre que ces signes sur le papier ne sont rien d’autre qu’un code de communication… D’ailleurs assez limité (…)« Que suis-je donc ?  Un monstre ? »

  

L’élégance du Hérisson**, Muriel Barbery. (Gallimard 368 p)

l__l_gance_du_h_rissonLe grand succès de librairie de 2007, porté par les libraires et le bouche à oreille.

Une concierge qui cache sa vraie nature d’autodidacte passionnée d’arts et de littérature, une petite fille de 12 ans lucide et épuisée de solitude, un voisin japonais plus clairvoyant que les autres. Ce sont ces personnages, originaux et attachants, qui font la force de ce récit.

C’est un succès mérité, même si  le côté : « je suis unique et les autres sont trop stupides pour me comprendre » peut s’avérer un peu irritant. La fin abrupte peut décevoir également.

 Extrait : « Ma mère, qui a lu tout Balzac et cite Flaubert à chaque dîner, démontre à quel point  l’instruction est une escroquerie fumante. Il suffit de la regarder avec les chats. Elle est vaguement consciente de leur potentiel décoratif mais elle s’obstine à leur parler  comme à des personnes, ce qui ne lui viendrait pas à l’esprit avec  une lampe ou une statuette étrusque. »

  

Saga***, Tonino Benacquista. (Folio 439 p ) Grand prix des Lectrice de Elle 1998.

sagaQuatre scénaristes au rebut se retrouvent chargés d’écrire une série télé, série programmée en pleine nuit  pour aider à remplir les quotas de production française. L’absence complète d’intérêt de leur employeur pour leur travail va leur permettre de bénéficier d'un liberté de ton totale, mais la machine va finir par s’emballer…

Amusante satire du monde télévisuel et de l’autocensure permanente qui y règne. Les ficelles du livre sont assez visibles et on n’est guère surpris, mais emmené agréablement jusqu’au bout, on ne lâche pas le bouquin en cours de route.

  Très plaisant et sans prétention. 

 Extrait : « A force de nous cacher derrière un rempart de fiction, dans un ailleurs où nous sommes les maîtres absolus, ce monde réel nous semble si loin. Si sauvage. Il n’obéit à aucune logique, aucune progression dramatique. Du strict point de vue de la vraisemblance, le réel n’est pas crédible une seconde et personne ne fait rien pour y changer quelque chose. Il faudrait sans doute élire des scénaristes pour imaginer notre histoire à venir. »

 

 Narcisse et Golmund***, Hermann Hesse. (Livre de poche 252 p ) 

Narcisse_et_GolmundC’est mon livre préféré d’Hermann Hesse (j’ai lu jusqu’ici le Loup des Steppes, Siddhartha, et Demian), auteur que j’aime beaucoup. C’est à mon avis le plus équilibré et le plus facile d’accès. Les romans d’Hermann Hesse semblent tous tourner autour du thème de la quête : ses héros se cherchent et se confrontent au monde pour découvrir qui ils sont. Mais de façon plus générale, ils recherchent le sens de leur vie et par extension le sens de notre vie à tous, dans un aller-retour incessant entre recherche spirituelle et abandon à l’animalité.

Ce roman se situe au Moyen-âge mais l’histoire est intemporelle. Il me semble que Golmund est le personnage auquel il est le plus facile de s’identifier parmi ceux créés par l’auteur, ce qui rend l’histoire plus plaisante.

A lire, ne serait-ce que pour savoir si on accroche à l’oeuvre de ce poète et philosophe allemand.

 Extrait : « Il vivait davantage dans ce monde de ses rêves que dans la réalité. Le monde réel : salle de classe, cour du monastère, bibliothèque, dortoir, chapelle, restait à la surface, une mince peau frémissante sur le monde surréel des images saturé de rêve.»

 

American darling**, Russell Banks  (Actes sud, 500 p)

 Extrait:  « Quand on garde autant de choses secrètes aussi longtemps que je l’ai fait, on finit par se les cacher aussi à soi-même. C’était donc là que le rêve était allé, à l’endroit même où j’avais enfoui mes souvenirs oubliés du Libéria et des années qui m’y avaient conduite. Comme s’il s’agissait du secret de quelqu’un d’autre et que j’étais celle qui, plus que quiconque, ne devait pas en être informé.»

am_ricain_darlingC’est un bon roman, intéressant. Le retour de cette ancienne militante sur sa vie  permet de découvrir l’histoire d’un pays atypique : le Libéria, terre dérobée par les Américains au début du XIXe siècle pour y installer leurs anciens esclaves et débarrasser le sol américain de sa population noire. Projet délirant dont les répercussions, encore présentes dans ce pays au bord du gouffre, servent de toile de fond à l’intrigue.

 Le défaut : difficile d’accrocher à la personnalité de l’héroïne. Mais l’intérêt de l’œuvre tient à son auteur : Russell Banks est un excellent romancier, capable de donner une grande profondeur aux histoires. J’ai lu également « De beaux lendemains », que j’ai préféré,  petit village américain qui doit se reconstruire après l’accident d’un bus scolaire. Je n’ai pas pu lâcher le livre, sans comprendre comment l’auteur réussit trente pages de description d’un ramassage scolaire sans jamais lasser.  La justesse de ses personnages féminins m’a longtemps fait croire que Russell Banks était une femme.

 On pourrait résumer en quelques lignes les intrigues assez simples de ses deux livres, sans réussir à retranscrire l’intérêt qu’ils éveillent, et c’est certainement là que se trouve le grand talent de ce romancier. « L’humain » est au cœur des ces deux romans : leurs relations, leurs quêtes, leurs choix, leurs peurs. Auteur à lire, ne serait-ce que pour découvrir un écrivain majeur.

 

Les cerfs-volants de kaboul***, Khaled Hosseini. (coll 11/18 domaine étranger 406 p)

les_cerfs_volants_de_KaboulC’est un très bon roman, prenant. Les personnages comme le contexte, l’Afghanistan avant puis après l’arrivée des talibans, sont intéressants.  Le narrateur, enfant gâté et faible de caractère, n’inspire pas véritablement de sympathie, mais c’est une des principales forces de ce livre : on n’arrive pas à rester insensible à ce héros tant il est prisonnier de sa faiblesse et premier à en souffrir. Le livre aborde avec intelligence de nombreux thèmes : l’inégalité sociale, la lâcheté, la culpabilité, le déracinement, puis finalement la rédemption.

C’est un livre que j’ai trouvé assez optimiste malgré les sujets abordés, je le conserverai dans ma bibliothèque.

 

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules **,  Philippe Delerm

Ce n’est pas un roman mais un recueil de textes courts, formant un hymne à la vie, à tous ses petits détails, odeurs, lumière, toucher. Tous ces souvenirs qui nous imprègnent et sont communs à tous. C’est bien écrit, très évocateur et on plonge avec bonheur dans ces morceaux choisis au parfum d’enfance.

 Extrait : « On passe les mains dans les boules écossés qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis : – il y aura juste le pain à aller chercher. »

 

Kafka sur le rivage****, Haruki Murakami (coll 10/18)

kafka_sur_le_rivageUn livre lent, poétique, émouvant. 

Kafka a quinze ans et doit se construire avec cette certitude : sa mère est partie en emmenant sa sœur et en l’abandonnant. Qui est-il ? Pourquoi l’a-t-elle abandonné ? 

 «Le jour de mes quinze ans, je ferais une fugue. Je voyagerai jusqu’à une ville inconnue et lointaine. » Réussira-t-il  à ouvrir la pierre de l’entrée ? Peut-on vivre sans la certitude d’être aimé ?

Voilà la question qu’Haruki Murakami pose délicatement tout au long de ces pages. Les chats parlent, les vies des personnages se répondent sans se croiser, l’histoire porte en elle toutes les incohérences de la vie. Un de mes romans préférés.

 Extrait : Qui a pris cette photo ? Quand et sur quelle plage ? Pourquoi ai-je l’air aussi heureux ? Comment est-il possible que j’aie l’air aussi heureux ? Pourquoi est-ce la seule photo de famille  que mon père ait gardé ? Tout cela est bien énigmatique. Je dois avoir trois ans sur ce cliché et ma sœur neuf. Je m’entendais donc si bien avec elle ? Je n’ai aucun souvenir de vacances au bord de la mer. Je n’ai aucun souvenir de vacances où que ce soit.

 

Trois chevaux*, Erri de Luca. (Folio 139 p )

3_chevaux Très belle écriture pour ce récit court  mais qui manque de fond. C’est plus un voyage qu’un récit, on se laisse porter par la rondeur des phrases, les senteurs, les pulsions. L’histoire elle-même, la  rencontre entre un homme et une femme aux parcours singuliers, peut sembler peu crédible.

 Extrait : « Il y a des créatures destinées les unes aux autres qui n’arrivent jamais à se rencontrer et qui se résignent à aimer une autre personne pour raccommoder l’absence. Elles sont sages. Moi, à vingt ans, j’ignore les étreintes et je décide d’attendre. J’attends la créature qui m’est attribuée. Je suis attentif, j’apprends à parcourir en un instant les visages d’une foule.  »