Le peuple du vent***, Viviane Moore (éd 10/18, 273 p)

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Très bonne surprise que ce policier médiéval qui louche gentiment vers le Nom de la Rose tout en restant beaucoup plus abordable.

Un maitre érudit, son élève Tancrède, deux beaux personnages. Un château perdu dans les brumes de Pirou, une intrigue intéressante. Que demander de plus ? 

Cette belle balade chez les seigneurs de la Manche du XIIème m’a donné envie de percer le mystère des origines de Tancrède et de prolonger cette série qui possède 7 tomes.

La suite au prochain épisode….

N’oublier jamais, Michel Bussi (Pocket, 542 p)

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La première moitié alléchante (qualité de l’intrigue, densité du personnage principal) donne quelques inquiétudes quant à sa résolution : comment l’auteur va-t-il se sortir de la situation compliquée dans laquelle il a imbriqué son héros ? 

Inquiétudes justifiées : on pressent la machination  et lorsqu’elle se dévoile,elle fait un peu sourire tant les pièces s’emboitent merveilleusement. Admettons !

Mais comme pour les matriochkas, la machination cache d’autres intrigues, qui vont ensuite mettre à jour un nouveau niveau de révélation.

Est-ce qu’à la fin tout cela se tient ? Si la patience du lecteur n’a pas été usée par tous ces revirements, peut-être… les autres trouveront cette histoire tout simplement trop tirée par les cheveux. 

Il semble que Nymphéas noirs soit plus intéressant, je tenterai un autre essai aveccet auteur. 

 

L’enfant allemand, Camillia Lackberg (Actes Sud, 454 pages)

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Je me demande ce que peuvent penser les policiers suédois des ouvrages de Camillia Lackberg tant son roman donne une piètre opinion de leur travail.

 Nous avons donc :

-  la standardiste qui adore garder les enfants (on ne la voit effectuer aucune autre tâche dans l’ensemble du livre)

-  un inspecteur flemmard qui rêve de golf à longueur de semaine, incapable d’effectuer un relevé d’empreinte auprès d’un adolescent en cinq jours de temps (sa seule mission)

-  le chef, reconnu par tous comme feignant et incapable. Il part promener son chien et faire la cour à son amie pendant son temps de travail au grand soulagement de tous ses subordonnés.

- un enquêteur compétent, malheureusement en congés paternité, et donc obligé de revenir sur les lieux du crime avec sa fille d’un an (d’où l’intérêt du personnage de la standardiste..)

Reconnaissons que l’intrigue, qui offre des allers-retours dans le passé, est intéressante en particulier les longs passages concernant la guerre 39/45. Tout cela est malheureusement gâché par l’amateurisme des enquêteurs cités précédemment.

J’ai soupçonné longtemps un des personnages, le plus crédible au vu de l’ensemble de l’enquête, mais nos fins limiers l’avaient éliminé pour cause d’alibi.  Le personnage en question, interrogé(e) par leur soins, part prendre son agenda, regarde et leur dit : "j’étais dans tel pays à telle période. Je ne peux donc pas l’avoir tué ". CQFD. " Merci, très cher(e), navrés de vous avoir dérangé(e) " disent les policiers. J’avais supposé bêtement qu’une fois revenus au bureau ils avaient procédé à une petite vérification (compagnies aériennes, listing de vol etc…).  Comme c’était naïf de ma part...

Fort heureusement, à dix pages de la fin du livre, une jeune inspectrice a une illumination : nous n’avons pas pensé à vérifier l’alibi. Hop, un coup de fil à la compagnie, et voici l’identité du coupable qui apparait !

Les romans policiers, y a pas à dire, c’est magique… un certain nombre d’auteur ont choisi ce style pour pouvoir s’affranchir gaiement de toute rigueur scénaristique, et le pire, c’est qu’ils arrivent à vendre leur livre.

La seule chose qui m’ait consolé d’avoir lu ces 450 pages, c’est que pour une fois, il ne s’agit pas d’un livre que j’ai acheté.

 

 La clé de verre**, Dashiell Hammet (Folio Policier, 294 p) – Trad. 2009

Plus une intrigue politique que policière, ce roman apporte l’ambiance que j’ai attendue en vain chez son contemporain Chandler.

La qualité de la traduction est peut-être la raison de cet écart entre ces deux fondateurs du roman noir car cet ouvrage a été retraduit intégralement en 2009. Un internaute a posté un courrier très intéressant au sujet des mauvaises traductions des polars dans l’édition française :

http://thecanniballecteur.wordpress.com/2014/09/21/3189/

et cette explication m’a  éclairé sur l’aspect très décousu des dialogues de Chandler : j’avais eu constamment l’impression qu’il en manquait des morceaux (traduction de 1949).

Pour en revenir à la Clé de verre, l’aspect intemporel de sa thématique politique lui a de ne pas trop vieillir. Amitié, amour, trahison, jalousie, tous les ressorts humains sont présents et traités finement. Plaisant.

 

La grande fenêtre*, Raymond Chandler (Folio Policier, 277 p) 

grande_fen_treRaymond Chandler a jeté les bases du roman noir avec son enquêteur privé, Philip Marlowe et l’on ressent encore son influence sur certains romans policiers récents (un personnage de la Trilogie Berlinoise semble d’ailleurs directement sorti de ce livre). 

Malheureusement l’ensemble a pris des rides. Les dialogues émaillés de termes argotiques passés de date font sourire ; l’étude psychologique des personnages est à l’avenant :  tout semble un peu forcé et caricatural. 

Réservé aux amateurs curieux.

 

Le jardin des pendus**, Ian Rankin  (éd. Folio, 525 p)

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Bien sûr l’enquêteur a un air de déjà vu (insubordonné, divorcé, souci relationnel avec son entourage). Par contre, il est peu conformiste et très malin. Sa façon de rétablir l’ordre dans sa bonne ville d’Edimbourg en jouant sur les oppositions existantes entre les différents gangs est jubilatoire.

 Un polar honnête et original que je noterais volontiers 2 étoiles et demi.

 

 

Le crucifié de Farriers' Lane, Anne Perry  (éd. 10/18, 415 p)

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Un type de roman réservé à un petit club d’inconditionnels que je n’intégrerai pas. 

Le policier, M.Pitt, réalise des enquêtes relativement structurées même si certains pans de l’enquête sont abandonnés d’emblée, la bonne éducation victorienne s’opposant visiblement à certaines hypothèses.

On peut lire par exemple page 177 (la victime, M. Stafford, est morte d’un empoisonnement) : "Pitt avait d’emblée écarté la culpabilité des employés ou des domestiques de Stafford." Quinze suspects de moins en une seule phrase, pratique ! Et quelle économie de temps pour les interrogatoires…. 

Heureusement l’inspecteur Pitt est épaulé par sa femme qui, entre la fabrication de deux gâteaux, va interroger les suspects de façon discrète (je préfère ne pas faire de commentaires…).

Ajoutez-y une écriture et une ambiance datées, et vous aurez fait le tour de l’histoire. Tout à fait évitable.

 

La trilogie Berlinoise***, Philip  Kerr (Livre de poche, 1040 p)

philip_kerrLa grande originalité de ces romans réside dans le choix peu commun de l'époque : 3 enquêtes situées au cœur de l’Allemagne en 1936, 1938 et 1947, qui nous montrent de l’intérieur la répression montante qui s’exerce sur la population allemande et la sauvagerie des occupants de l’après-guerre. 

Ce cadre historique bien travaillé ralentit malheureusement l’intrigue, un peu lente pour une parfaite accroche du lecteur (en particulier des lecteurs occasionnels à qui ces ouvrages ne sont pas destinés). 

La personnalité du héros, plaisant pastiche des privés américains, évolue au fil des enquêtes. Passant d'un humour narquois à un cynisme désabusé, il dérive au même rythme que son pays et reste attachant malgré certains errements. 

Si certains jugeront que ses rencontres improbables avec tous les nazis célèbres enlèvent de la crédibilité au roman, elles ne m’ont pas gênée : j’ai apprécié de découvrir les dissensions existantes entre les différents courants du nazisme et pense que l’auteur a droit à sa plage de liberté tant que la réalité historique des personnages est respectée. 

Un très bon moment de lecture pour lecteurs avertis et amateurs d’histoire contemporaine.

 

Derrière la Haine** Barbara Abel (Pocket, 243 p)derri_re_la_haine

 Un huis-clos efficace desservi par un style un peu simpliste.

L’idée conductrice de l’histoire aurait pu amener ce livre à la hauteur des grands romans si les personnages, leurs relations et la conclusion avaient été mieux développés. 

Idéal pour une lecture « frisson » un soir, et légère déception de ne pas voir plus souvent réunis l’originalité des idées et l’élégance de style.

 

  Robe de marié*** Pierre Lemaitre (Livre de Poche, 314 p)

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Ce bon polar au scénario original a très visiblement inspiré Karine Giebbels (critique du mois dernier : « Juste une ombre »). La ressemblance est confondante dans la première moitié du livre : style de personnage, mobiles, méthodes,  un vrai duplicata !    

Comme c’est vilain de copier sur ses petits camarades !!!  Giebbels veut-elle nous faire croire qu’elle n’a pas lu cet auteur policier réputé, aujourd’hui titulaire du Goncourt, et qu’elle a écrit un livre aussi proche par pur hasard ?  

Alors entre l’original et sa pâle copie, n’ayez aucune hésitation : vous trouverez dans cet ouvrage une qualité de style et une rigueur d’’intrigue que Giebbels est parfaitement incapable de produire. Je la raye d’ailleurs définitivement de ma liste d’auteurs à lire.

 

Voleurs ***Christopher Cook (éd Payots Rivages/noir, 548 p) 

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Les 470 premières pages de ce road-movie bien construit se tirent une balle en trois malheureuses petites pages, un vrai suicide collectif ! Imaginez, dans la scène finale de « No Country for old men », que les frères Coen fasse raconter au tueur sa petite enfance, et que sa future victime se mette subitement à faire le ménage. Vous auriez alors une idée précise de ma stupéfaction.  

Malgré cet accroc, je n’ai aucun doute sur le fait que nous entendrons à nouveau parler de cet auteur qui se place dès son premier livre dans la cour des grands. Précision des scènes, épaisseur des personnages, ambiance moite et étouffante des marais cajuns, nous voici placés un bon cran au-dessus d’ Ellory, et de mon point de vue, c’est plutôt une bonne nouvelle. 

 Auteur à suivre.

  

facteur_sonne_deux_foisLe facteur sonne toujours deux fois, James M. Cain (Folio Policier, 152 p)

Une intrigue banale, des personnages pitoyables, comment ce policier a t-il pu devenir un classique ?
J’ai fini le livre sans pouvoir répondre à cette question. 

 

 

Juste une ombre*, Karine Giebel (éd.Pocket, 606 p)

juste_une_ombreLe style est si affligeant que j'ai cru ne jamais parvenir à passer le cap de la cinquième page (extraits ci-dessous). Le livre étant acheté, il a bien fallu continuer.

Au final, je pense que Karine Giebel ferait une excellente scénariste : elle a de bonnes idées, des personnages intéressants, le sens du rythme. Elle ne cède pas à la facilité comme le montre sa fin peu conventionnelle. Il est malheureusement difficile de faire abstraction du style très pauvre, des dialogues qui sonnent souvent faux, et des quelques maladresses de l'intrigue.

Je pense que ce livre peut apporter un réel plaisir à des lecteurs occasionnels recherchant un polar original et qui seront certainement plus attentifs au fond qu'à la forme. Pour les lecteurs très réguliers, il  faut être prêt à se montrer indulgent.
 Extrait : " "Je ne vois pas son visage, on dirait qu'il n'en a pas. Je n'entends plus mon coeur, on dirait que je n'en ai plus. Je ne me vois plus aucun avenir, on dirait que...
Encore un pas en arrière. Lui, un en avant.
Mon dieu, je vais mourir. Pas maintenant, pas ce soir. Pas ici, pas comme ça...!"

 

Serge Brussolo, l'homme sans limite

la_main_froideSon style peu travaillé et son goût des intrigues policières pourrait faire passer Serge Brussolo pour un auteur de "romans de gare" ordinaire. Ce serait oublier sa capacité à créer des ambiances oppressantes et son étonnante liberté de ton.

Seul écrivain prêt à tuer froidement ses personnages en milieu de livre, ne répugnant pas aux morts atroces même lorsqu'il s'agit d'enfants, rien n'arrête Brussolo qui ne laisse aucune règle morale entraver ses personnages les plus sombres.
Malsains, cruels, manipulateurs ou personnages ordinaires simplement acculés, Brussolo nous présente les dessous de la nature humaine dans des intrigues bien ficelées où traînent des personnages d'un cynisme si absolu qu'il en est réjouissant.
Malgré ce climat délétère qui pourrait faire reculer les âmes les plus sensibles, j'admire et j'apprécie pour ma part l'immense liberté d'un auteur qui ne s'interdit aucune perversion, certain que ce qu'il invente n'égalera jamais certaines réalités.

 Mes préférés dans son oeuvre  dont j'ai lu une dizaine de titres sont : La chambre indienne, La main froide, Le labyrinthe de Pharaon.

A tester !

 

bete_contre_les_mursLa bête contre les murs****, Edward bunker (Rivages/noir, 297 p)

 Edward Bunker, le plus jeune taulard à avoir intégré Saint Quentin (pénitencier connu pour être le plus dur des Etats-Unis),  plusieurs fois récidiviste, nous parle de cette « tendresse essentielle » qu’évoque Romain Gary, cette tendresse qui nous permet de rester humains. Dans son style direct, avec une lucidité et une humanité stupéfiante, il nous montre  l’intérieur de cette machine à broyer les hommes, cette violence impitoyable capable de transformer  les petits délinquants en meurtriers sans scrupules en moins d’un an.

Réalisme, choix du thème, qualité de style, tout concorde dans cette œuvre puissante, âpre, fascinante. Très grand coup de cœur ! Chapeau bas pour cet homme qui a su conserver la part essentielle de son être dans un univers aussi hostile.

 

la_constance_du_jardinierLa constance du jardinier***, John Le Carré (éd. Points 519 p)

Classé à tort au rayon policier, il décevra les amateurs de rythme. L’histoire lente ne connait pas de rebondissement et les clés de l'intrigue sont livrées dès le début du récit.  Mais il a beaucoup d’autres atouts, son ambiance africaine postcoloniale,  la découverte glaçante de l’univers des firmes pharmaceutiques (comment ne pas penser aux vaccins insuffisamment testés qui seraient à l’origine de la pandémie du sida en Afrique…),  ses personnages fouillés et touchants.

Au cœur de ce livre : l’irréprochable Justin, époux d’une jeune femme idéaliste et séduisante. Justin, qui après l'assassinat de sa femme, prend la mesure de son aveuglement et entame une quête rédemptrice. 

Faux policier et véritable histoire d’amour…. Lancinant et envoûtant !

 

Seul le Silence*, R.J. Ellory (éd. le Livre de Poche 600 p)

seul_le_silenceBelle écriture en grande partie gâchée par le manque de crédibilité du scénario.

La présentation originale (l’auteur a choisi pour narrateur une victime collatérale) et le héros intéressant n’arrivent pas à faire décoller ce policier introspectif dont l’intrigue reste toujours en arrière-plan. Le faible nombre de personnages présentés laisse deviner au 2/3 du livre le meurtrier probable, faisant tomber à plat la conclusion ; et lorsque je dis probable c’est par simple manque de choix car les motivations que l’auteur lui attribue sont simplement incompréhensibles (voir extrait ci-dessous).

 D’autres invraisemblances émaillent le scénario : l’absence du FBI, la romance peu crédible au vu des mœurs de l’époque, et d’autres que je ne peux dévoiler sans révéler l’intrigue mais qui ont signé ma rupture avec l’œuvre. J’aurais aimé également que l’auteur prenne plus de temps pour présenter les victimes, plutôt que de nous ressasser indéfiniment la liste de leurs noms, provoquant plus d’agacement au final que de compassion.

 N’ayant déjà pas accroché à « Vendetta » pour des motifs similaires, ce sera mon dernier Ellory. 

Extrait : Parce qu’il a tué la première fillette, et à partir de là, il a eu honte. Je crois qu’elle lui parlait, le raillait, le suivait partout où il allait, et chaque petite fille qu’il voyait lui rappelait la première, puis la deuxième, puis la troisième. Et il devait faire taire leur voix, Joseph. Je crois qu’elles lui parlaient pour lui faire perdre la tête. Elles l’empêchaient de dormir. Elles l’empêchaient d’avoir la moindre vie. Il devait les faire partir…et finalement, au bout du compte, elles n’ont plus fait qu’une, leurs regards étaient identiques, leurs voix étaient comme une seule voix, et la seule manière de les réduire au silence étaient de les tuer. La culpabilité, tu vois ?

 

Les lieux sombres****, Gillian Flynn (le livre de poche 510 p)

lieux_sombresVrai coup de cœur pour ce thriller émouvant et sombre.

Libby a sept ans quand sa mère et ses deux sœurs sont assassinées. Le meurtrier est son frère Ben, qu’elle accuse. Vingt cinq ans plus tard, elle va revenir sur ce drame et essayer de comprendre qui était la famille Day. Dans un récit à plusieurs voix alternant passé et présent, on découvre le déroulement de la dernière journée du drame en parallèle de la recherche de Libby qui déterre par petits pans son enfance et ses souvenirs. Si cette construction un peu atypique réduit la tension dramatique, elle permet de s’attacher fortement à la famille Day et à l’héroïne dont l’immaturité agace de premier abord. La profondeur des liens familiaux,  la force des souvenirs communs construit dans l’enfance, la nécessité de la confiance sont les thèmes transversaux donnant à ce polar sa puissance.

Profondément touchant.

 

Aucune bête aussi féroce*, Edward Bunker (Payot Rivages Noir 443 p)

bete_feroce Un texte qui sonne juste, une qualité d’écriture remarquable au regard du parcours de l’auteur (foyers, maisons de redressement, prisons) dans un style dépouillé et direct, une véritable réflexion sur les causes de la criminalité et sur les difficultés d’éviter la récidive. Les anciennes connaissances, la non-confiance en soi qui incite à reprendre les chemins connus même s’ils mènent à des impasses, l’absence d’aide à la sortie pour les anciens détenus. L’auteur nous dévoile toutes ces vérités qui dérangent et qui sont toujours d’actualité. Voici pour les qualités.

Côté défauts on regrettera la personnalité du héros, brouillon, volontiers geignard et d’une mauvaise foi fatigante. Il est difficile de s’y attacher. Il se plante sur des broutilles (l’oubli des allumettes par exemple), ne suit aucun des conseils qu’il donne (rester discret sur ses futurs coups), se trouve facilement des excuses. Il se veut « homme d’honneur » et aide les femmes de ses amis taulards, mais peut les plonger sans remords dans les ennuis sous prétexte que « les temps durs font les gens durs ». Facile. 

Je l’ai quitté sans regrets, ce qui explique un avis final très mitigé sur ce livre. Je tenterai cependant "La bête contre les murs" du même auteur dont j’apprécie beaucoup l’adaptation cinématographique sous le titre "Animal Factory" avec Edward Furlong et Willem Dafoe.

 

Alex ** Pierre Lemaitre (Le Livre de poche 397 p)

alexPremier essai avec Pierre Lemaitre et je ne suis pas déçue. C’est prenant, original, bien ficelé. Le défaut : le contexte un peu glauque, âmes sensibles s’abstenir. Je pense faire un deuxième essai prochainement avec Robe de Marié du même auteur.

 

  

 

Shutter Island****, Denis Lehane (Rivages/noir, 393 pages)

shutter_islandExcellent huis-clos à l’ambiance noire, oppressante, confinée.

Tel un remake moderne des « Dix petits nègres », le lieu choisi (un hôpital psychiatrique carcéral) ajouté à l’espace fermé de l’île fait monter graduellement une sensation de conspiration dont on ne sait dire si elle est justifiée ou juste fantasmée. Cette progression psychologique, finement travaillée, est conclue par un final ébouriffant : du grand art !

Seul le départ un peu lent du livre pourra gêner les lecteurs moins tenaces. L’adaptation de  Martin Scorsese en 2010 est fidèle à l’esprit de ce polar.

 

 

 

  Le tailleur de pierre**, Camilla Läckberg (Actes sud)

 tailleur_de_pierreLa découverte de l’univers de cette romancière suédoise a été une bonne surprise. On rentre facilement dans l’histoire, même s’il faut prêter attention aux noms des personnages, assez nombreux. Deux époques sont développées en parallèle, 1920 et aujourd’hui, et on sait d’entrée que la clef de l’énigme réside dans ce lien, sans voir arriver trop vite la conclusion. 

Tout n’est pas totalement crédible, mais les personnages attachants et l’intrigue bien menée en font un policier fort agréable.

 

 

  Au-delà du mal*, Shane Stevens (Sonatine, 757 pages)

 au_dela_du_mal_2Un  roman qui n’est pas sans rappeler « Les racines du mal » de Maurice G. Dantec. On suit le parcours d’un tueur en série et la chasse à l’homme qui l’accompagne. Le tueur n’est pas déplaisant et l’auteur réussit à nous faire découvrir de l’intérieur la logique qui l’anime. Le style fluide et les personnages secondaires intéressants rendent la lecture plaisante,  avec quelques longueurs. Rien de vraiment nouveau, toutefois, surtout pour ceux qui ont déjà lu Dantec, ce qui est injuste pour ce livre, beaucoup plus ancien (1968) que les Racines du Mal (1998) et qui ne doit sa parution française tardive qu’à des problèmes éditoriaux.

 Extrait : En septembre, Sara acheta un fouet, expliquant au marchand qu’elle comptait bientôt faire l’acquisition d’un cheval. L’homme lui dit qu’elle devrait peut-être d’abord acheter le cheval, mais Sara se contenta du fouet.

  

 

L’homme du Lac**, Arnaldur Indridason (Points,  405 pages)

l_homme_du_lac Polar islandais mené par le commissaire Erlendur Sveinsson, personnage repris régulièrement par l’auteur et qui rappelle un peu l’inspecteur Wallander d’Henning Mankell.  L’enquête, bien menée, remonte dans les années 60 et fait découvrir une période historique intéressante : l’Allemagne de l’Est sous la Stasi.  Deux narrateurs alternent : le commissaire (pour le présent) et un étudiant islandais (pour le passé), attachants tous les deux. Que dire d’autre ? C’est d’une lecture agréable, même si l’ambiance islandaise qui sert de toile de fond est aussi morose que la vie familiale de l’inspecteur.

  

 

L’envol des anges**, Mickael Connelly (Points,  461 pages)

l_envol_des_anges Ah, Mickael Connelly ! Il existe plusieurs héros ou (plutôt anti-héros!) récurrents dans la littérature policière. Ils se ressemblent par leur caractère solitaire et pugnace, leur intuition et leur parfaite incapacité à mener une vie familiale. Il s’agit de  l’inspecteur Wallander d’Henning Mankell, d’ Erlendur Sveinsson de Arnaldur Indridason et Harry Bosch de Mickael Connelly.

Mais c’est Harry Bosch qui a ma préférence.

C’est presque un label : on retrouve le même style, un personnage attachant, une enquête toujours bien léchée, on n’est jamais déçu. Certes, cela ne révolutionne pas le polar, mais c’est toujours l’assurance de quelques bonne soirées à venir, alors de temps en temps, on se dit « Tiens pourquoi pas un Connelly  ? »

 C’est L’envol des Anges et Echo Park que j’ai préféré. Les égouts de Los Angeles est sympa également.  Lumière morte, par contre ne m’a pas laissé de souvenir notable. On peut aussi découvrir de bonnes enquêtes du même auteur avec d’autres héros : Créance de sang et Darling Lilly sont de bonne facture.

 

 Pars vite et reviens tard**, Fred Vargas  (J’ai lu,  347 pages)

pars_vite_et_reviens_tard Fred Vargas a construit des policiers à  l’exacte opposé des ouvrages « traditionnels » du genre. Ici, pas d’enquête méticuleuse à la Hercule Poirot, pas d’univers sombre et violent à la James Ellroy, et parfois même pas une tentative d’enquête qui tienne la route !

 Mais Fred Vargas a une autre arme : Le commissaire Adamberg.  Montagnard d’origine, doux, rêveur, intuitif, beau à sa façon mais surtout plein de charme, il est parfaitement inadapté à la vie moderne et plus encore à son métier. Doté d’un acolyte alcoolique et père célibataire de 4 ou 5 enfants, l’équipe de choc est constituée…

Amateur de logique et d’enquête bien léchée : tournez les talons ! Les autres prendront beaucoup de plaisir à ces enquêtes dans lesquelles l’intuition prime sur le raisonnement et la logique. Peut-on résister à Adamberg ?

 Mes préférés dans cette série sont : Pars vite et reviens tard, Sous les vents de Neptune qui revient sur l’enfance du commissaire, et L’homme à l’envers dans lequel il retrouve sa dulcinée Camille. Sinon, dans L’homme au cercle bleu on découvre Mathilde, la mère de Camille. Coule la Seine est un recueil de 3 petites nouvelles. J’ai été déçue par Dans les bois éternels, j’ai trouvé que l’auteur poussait le bouchon un peu trop loin, mais l’équilibre de ce genre d’ouvrage n’est pas toujours facile à trouver.

 Extrait : Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient dotées d’une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d’accastillage qui ne l’avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses était à l’évidence chargé d’une énergie toute entière concentrée pour emmerder l’homme. La moindre faute de manipulation, parce que offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fut-elle, amorçait une série de calamités en chaîne pouvant parcourir toute une gamme, du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base.

  

Nécropolis**, Herbert Lieberman   (Seuil/Points, 1995, 505 pages)

n_cropolisUn  livre passionnant prenant pour personnage principal le médecin chef de la Morgue de New-York. Une découverte de  l’intérieur du travail de médecin légiste (âmes sensibles s’abstenir !). Ce livre réussit  le pari difficile de  nous faire partager la passion du héros pour son métier, et sa quête de vérité. Mais l’ambiance générale du livre est pessimiste, le héros paye au prix fort son investissement total à son métier et son absence d’intérêt pour les vivants.

A mon sens, le meilleur roman de Lieberman.