Demain une oasis***, Ayerdhal (Au diable Vauvert, 245 p, Grand prix de l’imaginaire 1993)

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Plus que de la SF, ce texte est une extrapolation du devenir de l’Afrique dans le cadre du réchauffement climatique que ce continent subit en première ligne ;  un pamphlet virulent contre la bonne conscience des Etats du Nord, capables de dépenser des milliards dans des technologies inutiles quand si peu d’argent, comparativement,  suffirait à rendre certains endroits du globe vivables.

Animé d’une colère légitime, Ayerdhal justifie clairement le terrorisme humanitaire et laisse peu de place à la discussion. Cet aspect engagé et quelque peu maladroit pourra hérisser le poil de certains lecteurs. Cependant un des buts du livre est atteint : attirer l’attention sur notre avenir commun. 

Oui, nous aurons demain le monde que nous avons mérité et c’est tout simplement effrayant quand on s’y penche de plus près ;  voilà ce qu’il vient nous rappeler.

 « C’est dans ces moments que je vous maudis tous, pas parce que vous n’avez jamais levé un doigt,  mais parce que le désert n’existe que de votre luxe et de votre puissance. »

 

Carbone Modifié****, Richard Morgan    Prix Philip K. Dick 2003

carbone_modifi__3C’est un roman de SF construit comme un policier, le récit s’articule autour d’une enquête policière bien menée. Postulat de départ : il est possible d’éviter la mort en transférant sa conscience et ses souvenirs, régulièrement sauvegardés, dans un autre corps. Hormis ce détail, et les quelques habillages SF (autres planètes etc.., mais l’enquête se passe sur Terre), le monde décrit n’est finalement pas si différent de celui que l’on connaît. Sous l’histoire policière SF se dessine la critique d’un système inégalitaire et injuste qui n’est que le prolongement poussé à l’extrême de celui que certaines sociétés connaissent : l’inégalité devant la vie et la mort, comme devant la maladie.  Car tous n’ont pas les mêmes moyens financiers, ni pour la sauvegarde des souvenirs, ni pour le rachat d’un corps à l’idéal de leur souhait.

 L’intrigue est très plaisante, le héros crédible (ni trop héros, ni anti-héros),  une très bonne surprise. A lire.

 Extrait: Le central d’injection. Ces gens ne reconnaîtraient pas leurs proches dans leurs nouvelles enveloppes ; c’était au nouveau venu de se présenter. La joie de la réunion prochaine était tempérée par une vague inquiétude : quels visages, quels corps allaient-ils devoir apprendre à aimer ?

Furies déchainées* du même auteur est vraiment moins bon. L’auteur conserve le même personnage principal, mais les scènes de tortures gratuites et le sentimentalisme subit du héros rendent l’intrigue peu crédible et certains passages franchement longuets.

Black Man**est plus intéressant et agréable à lire, même s’il révèle une fois de plus le goût assez morbide de l’auteur pour les scènes de dissection et de tortures humaines. Bon, comme d’habitude, le héros a un béguin pour le premier personnage féminin qui passe dans le livre. Béguin qui conduit le guerrier « gros dur » à des comportements irrationnels. Je pense qu’il ne faut tout simplement pas lire les trois dans la même année, sous peine de perdre une partie de l’admiration que le premier roman avait suscitée. Mon conseil : lisez Carbone modifié et restez-en là en attendant la suite.

 

 Fahrenheit 451** – Ray Bradbury - Folio

Dans la veine des romans d’anticipation des années 50/70 à la Barjavel  ou à la Pierre Boule, agréable à lire mais un peu naïf et daté, en particulier au niveau du style. Certains éléments restent pourtant d’actualité : la description d’une société dans laquelle la surabondance de divertissement réduit à néant toute réflexion et esprit critique.

 C’est un classique, je pense que j’aurais plus apprécié ce livre à l’adolescence, à une époque où l’on est souvent plus attentif au fond qu’à la forme.

 Extrait : Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de « faits », qu’ils se sentent gavés, mais absolument « brillants » côté information. Ils auront alors l’impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas.

Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C’est la porte ouverte à la mélancolie.

 Le téléviseur est réel. Il est là, il a de la dimension ; Il vous dit quoi penser, il vous le hurle à le figure. Il doit avoir raison tant il paraît avoir raison. Il vous précipite si vite vers ses propres conclusions que votre esprit n’a pas le temps de se récrier : « quelle idiotie ! »

  

Dune 1 et 2****, Franck Hebert    - Pocket

duneUn grand classique de pure SF ! Franc Hebert a réussi à créer un univers complet cohérent : planète, système social, castes. On n’y est pas submergé de termes techniques censés représenter à eux seul la nouveauté, comme dans certains mauvais romans de SF. Le système social est resté féodal et la principale évolution  tient à l’existence d’écoles d’éducation qui ont développé chez leurs membres des compétences hors normes afin de les amener à tenir une fonction sociale précise. Le héros Paul, 15 ans a été formé par sa mère à une éducation réservée exclusivement aux femmes : l’école Bene Gesserit. Mais les Bene Gesserit ont un but. Et Paul ne sait pas encore si sa destinée fait partie ou pas de leurs plans.

La grande force de ce livre vient de la cohérence et de l’originalité de son univers. Les personnages sont bien développés et l’essentiel du livre est axé sur leurs relations, leur capacité à se séduire, se corrompre, se trahir. Plus de la politique que de la SF finalement.

Je suis une inconditionnelle, et je les ai lus plusieurs fois tout les deux. Mon conseil : savoir s’arrêter après les deux premiers (voire trois) premiers tomes qui forment un ensemble cohérent et ne pas entamer les 5 (ou 6 ?) tomes suivants, qui cherchent à prolonger indéfiniment  le succès du départ.

 Extrait: Arrakis enseigne  l’attitude du couteau : couper ce qui est incomplet et dire : « Maintenant c’est complet, car cela s’achève ici ». Extraits de Les dits de Muad’dib, par la princesse Irulan.

 

Le monde vert – Brian Adlis  (Folio SF/ Gallimard) - Prix Hugo 1962

 De la pure SF : un monde complètement réinventé, totalement végétal et hostile dans lequel cherche à survivre un groupe d’enfant. C’est un classique qui a été récompensé par un prix.

 Pour ma part, je n’ai pas accroché. Ce type d’ouvrage représente pour moi la mauvaise part de la SF, celle qui décourage les néophytes de s’y mettre : un monde totalement inventé, des nouveaux termes toutes les deux phrases, et derrière cette nouveauté factice, peu d’idées nouvelles. 

 Même si la fin s’améliore un peu, cela ne mérite pas le détour.

    

Hypérion 1 et 2**** - Dan Simmons 

 S’il ne fallait lire que deux œuvres de cet auteur, je vous conseillerai sans hésiter le cycle d’Hypérion (2 tomes) et L’échiquier du mal (2 tomes) qui sont de mon point de vue ses œuvres majeures. En comparaison ses romans policiers (Vengeance - Revanche  - L’épée de Darwin) sont d’un classicisme décevant (je sais que c’est un jugement sévère pour des policiers, mais Dan Simmons nous avait habitué à tellement mieux, je suis devenue exigeante…)

 Revenons à Hypérion : une fois l’univers présenté et le mystère mit en place (celui de la planète Hypérion qui défie les lois de la physique ordinaire), le roman se structure en sept récits racontés par des pèlerins qui dévoilent une partie de leur vie. C’est à la fois la force et la faiblesse du livre : au lieu de découvrir une seule histoire, on en découvre sept dont le point de convergence est le Gritch, être mystérieux et impitoyable.

 Résultat : un livre foisonnant, des narrations d’une grande force et d’une étonnante originalité, des moments exceptionnels. Tous les récits ne sont pas égaux en qualité, mais nous pouvons tous en trouver un ou deux qui nous frappent profondément.

 A contrario, cette construction peut gêner, ainsi que l’uniformité de style des récits, racontés par des personnalités très différentes mais présentés finalement de façon homogène. La fin ou plutôt la non-fin ? du livre, voulue car il se prolonge dans le  Cycle d’Endémion (deux tomes, avec lequel je n’ai pas du tout accroché)  peut aussi décevoir.

 Quoi qu’il en soit, il est impossible de passer à côté de cet ouvrage qui a profondément marqué la SF et qui s’est imposé immédiatement comme un classique. A ne pas manquer !

 

 La zone du Dehors***  Alain Damazio –  Gallimard Folio SF (644 p)

Rare auteur français a avoir percé dans le domaine de la SF, Damazio est un écrivain engagé et exigeant qui n’a écrit que deux ouvrages, La zone du dehors et La horde du Contrevent, très vite devenu un classique. La zone du Dehors est un peu moins intéressant que l’excellent deuxième, mais c’est une œuvre aussi plus personnelle.

 L’implantation d’une colonie humaine (la ville de Cerclon, 7 millions d’habitant) sur une planète extraterrestre est l’occasion pour l’auteur d’expérimenter la réalité sociale dans un milieu fermé de façon réaliste. C’est l’occasion également d’une satire philosophie et politique des sociales-démocratie et de leurs dérives vers des sociétés de contrôle de plus en plus poussé.

 Les amateurs d’action et de science-fiction pure seront certainement déçus, mais c’est aussi la force et l’intérêt de cette œuvre qu’il faut aborder plus comme un essai politique que comme un livre de SF. Rare et intéressant malgré quelques longueurs.

Extrait : « Les politiciens n’ont plus qu’un seul rôle sérieux à tenir aujourd’hui : masquer qu’ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu’elle n’est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C’est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement… »

 « … Plus un pays progresse vers la démocratie, plus la liberté accordée à chaque individu menace la société d’éclatement. Plus par conséquent, le pouvoir doit s’exercer haut - et profondément. Passer sous les cœurs et dans les nerfs afin de gouverner de l’intérieur les comportements. L’ironie de l’histoire, Monsieur Capt, veut que ce soit paradoxalement la lutte acharnée des gens comme vous, de révoltés épris de justice et de liberté, qui ait poussé les gouvernements à se remettre en cause, à affiner et perfectionner sans cesse leur stratégie pour finalement édifier la plus fantastique machinerie de pouvoir jamais mise en œuvre : le contrôle. »

 

horde_contrevent La Horde du Contrevent****  Alain Damazio – Gallimard Folio SF (700 p) -  Grand prix de l’imaginaire

 Voici un prix qui n’a pas été volé !

Plus qu’un livre c’est un univers unique, dur, étonnant que l’auteur a créé.  On parvient à y rentrer, ou pas, mais une fois rentré on vit une expérience incomparable. On est emmené de bout en bout par ces différents personnages (peut-on les appeler « pélerins » ?), groupe d’élite qui cherche à remonter jusqu’à la source du vent qui balaye constamment leur planète. Le livre ne compte pas 23 mais 24 personnages, le vent y prenant une place entière ; un vocabulaire spécifique lui est dédié, une langue complète est inventée autour de ses sautes d’humeur.

 C’est incomparable et donc difficile à retranscrire, le mieux est d’essayer pour ne pas risquer de passer à côté de ce Grand livre de la SF.

 

Le guérisseur de cathédrale** - Philip K Dick

gu_risseur_cath_draleC’est une œuvre mineure de Philip K Dick, réalisée dans un moment de grande déprime de l’auteur et qui tranche avec le reste de son œuvre, à mon avis.

 Pour résumer en deux mots, c’est complètement barré ! Pourtant cela m’a plu.  Le personnage principal, en quête d’un sens à donner à sa vie, est intéressant, jamais satisfait de réponses simples.  L’entité polymorphe mi-dieu, mi-animal, qui le sort de son marasme est totalement improbable et fascinante.

 Je n’ai que rarement croisé une œuvre aussi décalée (et décousue) et c’est probablement son mérite principal. A réserver aux vrais amateurs de Philip K Dick. Les autres iront plutôt vers Ubik.

  

 Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques**  (paru aussi sous le titre Robot blues)  Philip K Dick

 Un classique que l’on ne présente plus, adapté au cinéma sous le titre de Blade Runner.

L’adaptation cinématographique est restée très fidèle à l’esprit du livre. Si vous avez aimé le film, vous aimerez certainement le livre, mais l’effet de surprise n’est plus là et les images du film ont tendance à prendre le pas sur le texte.

A réserver à ceux qui n’ont pas vu Blade Runner, mais en reste-t-il ?

 

Le trône de fer (12 tomes ou plus…)  Georges R.R. Martin                        

 le_trone_de_ferQuel gâchis, mais quel gâchis !

 Un excellent, ou plutôt des excellents premiers tomes (les 4  ou 5 premiers au moins), qui nous font découvrir des personnages attachants et qui nous donnent envie de continuer l’aventure.

 La construction du récit, qui prend un personnage principal par chapitre et fait ainsi tourner les histoires rend l’entrée dans le livre un peu lente, les intrigues se développant doucement, mais on est payé de ses efforts car elles sont presque toutes intéressantes et les personnages très bien campés.

 Seulement voilà, passé le 5ème tome, l’auteur commence à faire disparaître certains personnages, pour en faire apparaitre de nouveaux, moins sympathiques. Dans quel but ? Mystère. L’intrigue, de complexe devient tortueuse, et nous sommes soudain pris d’un doute : l’auteur sait-il où il va ou bien écrit-il au fur et à mesure dans l’unique objectif de développer ses ventes, et malheureusement sans le moindre projet global ?

 Deux ou trois tomes plus loin, ce doute s’est transformé en certitude. L’auteur a passé le cap des 12 tomes en librairie et l’histoire a sombré dans une confusion sans égale dès le 8ème. C’est là que je me suis arrêtée et en suis venue à regretter d’avoir lu les 5000 premières pages. Très décevant….

  

Janua vera **– Jean Philippe Jaworski  (Folio SF)  Prix du Cafard cosmique 2008.

janua_veraRecueil de nouvelles situées dans un univers médiéval fantastique, c’est un livre réussi. J’avais pris ce conseil de lecture sur internet, les critiques des internautes étant dithyrambiques, j’ai été un peu déçue en le lisant. S’il n’est pas exceptionnel, il a par contre une belle qualité d’écriture et curieusement les histoires m’ont imprégné très longtemps, à la façon des contes d’enfance.

Deux ans après, je les garde toutes en mémoire comme si je l’avais lu dans le dernier mois.C’est pour cette raison que je le recommande.

 

 Les mains de Bianca (nouvelle – 10 pages)      Théodore Sturgeon – ed. Omnibus

 Une nouvelle sans égale à mes yeux, concise et puissante.

Ecrite en trois heures par Théodore Sturgeon qui cherchait à se libérer de ce texte qui l’obnubilait, il n’a pu la faire paraître qu’au bout de 8 ans car elle horrifiait les critiques des magazines auxquels il l’avait envoyé. La nouvelle est un genre littéraire difficile, et Théodore Sturgeon montre là à quel point il est un grand auteur. On ne peut parler de ce texte court de 10 pages sans en dévoiler l’intrigue, je n’en dit pas plus. 

Extrait : Et ce fut là que pour la première fois elles se mirent réellement à l’observer avec attention. Il le ressentit jusqu’au tréfonds de son cœur ensorcelé. Les mains continuaient de se frotter l’une à l’autre, et cependant elles étaient parfaitement consciente de sa présence, elles percevaient son désir.