Seront classés dans cette rubrique les livres explorant les relations féminines ou l’intime féminin. J’y joindrais également les biographies de femmes célèbres. Bonne lecture !

 

Geisha*** Arthur Golden (Livre de Poche)

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Une écriture fluide pour dépeindre un univers dépaysant et fascinant, bien loin des clichés habituels sur ce statut.

Le film tiré du livre est très fidèle à l’esprit de l’œuvre. 

Un très bon moment de lecture.

 

 

Le rose et le Lys** (Michel Faber, éd. de L’Olivier, 1142 pages)

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C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis plongée dans l’ambiance londonienne de la fin XIXème, déjà explorée avec Tracy Chevalier et Sophie Gee, un siècle plus tôt.

La morale anglaise a malheureusement bien peu évolué ; si ces trois livres apportent un éclairage différent sur la place de la femme et de la vertu dans l’époque, leurs conclusions convergent. Malheur à celle qui a failli, et qui en cherchant à s’élever ou à plaire, tombe sous le coup de la morale masculine dominante, étrange ambivalence entre quête du plaisir et déconsidération accordée à celles qui l’ont apporté.  

Dans ce pays en pleine digestion d’une révolution industrielle qui n’a apporté la prospérité qu’à une petite élite, dans cette ville aux quartiers ouvriers sales, surpeuplés, où certaines femmes préfèrent la prostitution aux cadences infernales de l’usine, apparaissent les prémices du XXème siècle. Les inégalités intenables entre classes sociale, entre hommes et femmes, ont déjà fait émerger les idées révolutionnaires de Karl Marx et on devine les prémices de l’émancipation féminine, appuyée par la démocratisation du travail féminin. 

L’histoire de Sugar, jeune prostituée déterminée à se frayer un chemin dans la société anglaise, illustre parfaitement cet ordre social  injuste et moralisateur. Son parcours se lit d’une traite malgré ses 1100 pages et on quitte le livre en regrettant de ne pas pouvoir connaître la suite. Cependant, des trois titres, celui-ci est certainement le plus axé « lecture féminine » et ne plaira pas à tous les lecteurs. La méthode de l’auteur qui consiste à s’adresser directement au lecteur peut dérouter également au début de l’ouvrage.

 

Le chœur des femmes, Martin Winckler (Folio)choeur_des_femmes

Ce livre possède une longue liste de défauts : personnages manichéens (gentil généraliste opposé aux méchants spécialistes inattentifs aux patients) ; héroïne hautaine et surdiplômée qui se transforme en une semaine en une praticienne aimable et respectueuse (crédible !) ; vision excessive voire déformée du monde médical (on finirait par penser qu’il n’existe que trois bons médecins en France : Sachs, le héros et un de ses amis);  fin « cul-cul la praline » à la limite du grotesque.

J’ai pourtant pris plaisir à le lire et l’ai d’ailleurs fini rapidement. Malgré ses nombreux excès, on le sent écrit par un auteur sincère, renseigné et amoureux des femmes. Il met le doigt sur des disfonctionnements réels du monde médical : difficulté d’accès aux soins pour les publics moins favorisés, jugement moraux réactionnaires nuisant au respect des patients comme aux prescriptions, esprit de corps du monde médical en cas de faute professionnelle, relations malsaines entre praticiens et laboratoires. On sent chez cet auteur l’envie de déclencher une prise de conscience. Réussira-t-il à atteindre son but avec un point de vue si peu nuancé ?J’en doute.

 Sympathique mais très difficile à recommander.

 

 La couleur des sentiments***, Kathryn Stockett. ( Ed. Jacqueline Chambon, 526 p)   

Extrait de la postface de l'ouvrage : " Il n'y a pas de sujet plus risqué pour un écrivain du Sud que l'affection qui unit une personne noire et une blanche dans le monde inégalitaire de la ségrégation. Car la malhonnêteté sur laquelle est fondée une société rend toute émotion suspecte, rend impossible de savoir si ce qui s'est échangé entre deux personnes était un sentiment loyal, de la pitié ou du pragmatisme."Howell Raines

couleur_des_sentimentsEcrivain Blanche du Sud, Kathryn Stockett a réussi ce pari difficile : parler avec justesse des sentiments entre blanc et noirs dans le cadre de la ségrégation. Ses personnages de bonnes noires sont magnifiques. La jeune blanche, qui cherche à égratigner ce système injuste et règle en même temps ses comptes, est touchante. Ce sont de beaux portraits croisés de femmes, montrant la profondeur comme la complexité de leurs relations, l'âpreté de leurs règlements de compte. 

On trouve tant d'humanité dans cet ouvrage qui sonne si juste.  Alors, même si l'auteur nous dit : "Je n'irai pas jusqu'à penser que je sais ce qu'on ressent quand on est une noire dans le Mississippi, surtout dans les années 1960. (...) Mais tenter de comprendre est vital pour l'humanité." Elle a au moins réussit à nous le faire comprendre, merci à elle pour ce livre admirable..

 

 Le confident**, Hélène Grémillon. (Gallimard 315 p )  

le_confidentLA bonne surprise des vacances, livre pioché au hasard chez le libraire et dévoré en deux jours. Facile à lire, bien construit et très prenant, ce livre explore la relation atypique qui se construit entre deux femmes dans la fin des années 30, présentée du point de vue de chacune d’elles. Sans être un Grand Livre, c’est une très belle réussite pour ce premier ouvrage. Auteur à suivre…. 

 Extrait : « En prétendant sauver la femme de l’esclavage de la modernité, l’avortement lui impose une autre forme d’esclavage : sa culpabilité. Plus que jamais, la maternité devient notre seul fait ou méfait.» 

 « A la différence de la foi, la superstition c’est pour ceux qui ont besoin de croire mais qui ne peuvent pas donner, comme moi à cette époque, enfermée dans un égoïsme du malheur. »

 

La vie sexuelle de Catherine M**, Catherine Millet (Seuil)

vie_sexuelle_catherineCatherine Millet, directrice  de la revue d’art Art Press, très connue du milieu parisien, fait son « coming out » en racontant l’ensemble de ses expériences sexuelles, en 4 chapitres thématiques.

 Grand succès littéraire et énorme coup médiatique de 2001, ce livre est le surprenant l’autoportrait d’une femme  libre, parfaitement dépourvue de tabous.  Des aventures multiples et variées émaillent le livre, surprenantes, drôles, pathétiques. Elles dessinent la vie d’une femme qui a toujours laissé libre cours à ses envies et à l’impulsion du moment.  

 Si les deux/trois premiers chapitres se lisent très bien, le récit tourne ensuite un peu en rond et finit par lasser. Malgré la précision des scènes et la qualité d’écriture, on s’interroge sur ce qui pousse Catherine Millet à multiplier tant  les partenaires, que cherche-t-elle véritablement ? Le sait-elle elle-même ? On finit un peu perplexe.

 Malgré ces quelques critiques, reste un livre unique, courageux et rafraîchissant.

 

 Une bonne épouse indienne*, Anne Chérian. (Folio 500p )  

Une histoire d’amour (aïe, je dévoile la fin !) sur la base d’un mariage arrangé entre une indienne « pur jus » et un indien converti à la culture américaine. Pas de surprise dans le scénario, mais un regard intéressant sur les coutumes indiennes et sur la difficulté de trouver un mari pour ces femmes. Nous ne sommes qu’à un pas des romans anglais type Jane Austen.

 Agréable.

 

Tsippora** / Sarah** / Marie - Marek Halter (Robert Laffont)

sarahUne trilogie racontant la vie de trois célèbres femmes de la bible : Tsippora, femme de Moïse ; Sara, femme d’Abraham ; Marie, mère de Jésus.

La grande difficulté de ce genre littéraire (roman historique basé sur la vie d’un personnage célèbre), c’est la nécessité d’attribuer un caractère au personnage principal pour rendre le récit plus vivant.  Choix délicat pouvant facilement donner lieu à des critiques, car forcément subjectif.  De ce point de vue, l’auteur ne s’en sort pas mal.tsippora Il les présente comme des femmes de caractère, modernes dans leur refus de se soumettre à leur destinée toute tracée de femme, et il leur attribue une influence importante dans les choix de leurs maris ou fils.

 On lit agréablement ces récits qui nous font redécouvrir de façon très vivante les grands épisodes bibliques, on s’attache à ces femmes courageuses et libres. Par contre, si j’ai vraiment apprécié Tsippora et Sara, le récit de la vie de Marie m’a laissé perplexe et sa conclusion franchement pantoise. Certains croyants doivent grincer des dents en la lisant !  Dommage car cela perturbe l’équilibre d’un récit qui convenait jusque-là à tous les publics, athées, croyants, simples curieux.

 

Les venins de la Rose**, Alexandre Torcquet  (Albin Michel)

les_venins_de_la_roseVoici l’histoire haute en couleur de la mère de Guillaume le Conquérant, une frilla (concubine de l’époque) qui parvint à faire de son fils un roi. Habitant la Normandie, j’ai été très surprise de ne jamais avoir entendu parler de cette femme à la vie passionnante, qui a tenu un rôle majeur dans  l’Histoire Normande.

Femme passionnée, empoisonneuse à ses heures, le récit de sa vie est fascinant et parfois si surprenant que je me suis parfois demandé si l’auteur n’inventait pas…

 Une lecture très plaisante et un éclairage inattendu sur la Normandie.