Envie de quitter la grisaille ? Lassé des récits misérabilistes et des histoires de tueur en série ? Voici quelques titres dont l’humour, parfois décalé ou féroce, m’a fait passer un moment agréable.

merditudeLa merditude des choses** Dimitri Verhulst (10-18, 213 p)

 Décapant récit d’une enfance passée au milieu de grands alcooliques. Avec  beaucoup d’humour et un zeste d’indulgence, Dimitri Verhulst évoque cette vie libre, mortifère et chaleureuse. Nostalgie d’un expatrié envers son milieu d’origine, où il ne peut, ni ne veut revenir, mais qui regrette la part d’enfance et de fraternité perdues. 

 A découvrir pour les nombreuses perles qui émaillent le livre. Deux étoiles pour rester en cohérence avec « Courir avec des ciseaux » d’Augusten Burroughs que j’ai préféré. 

 « Le cercueil d’un buveur est rarement lourd à porter, les croque-morts les coltinent plus volontiers que les autres, et dans notre famille, on aurait épargné pas mal d’argent si on avait pu payer au kilo les obsèques de nos cadavres. »

 

 Au fond du zoo à droite** Edouard Launet (Points, 169 p)

 ZooAncien journaliste scientifique, Edouard Launet nous retranscrit sous une forme compréhensible (et moqueuse) des expériences zoologiques quelque peu obscures. En petits chapitres de 2 pages, il nous explique avec malice comment réveiller un manchot, comment faire doubler de volume le sexe des papillons indiens, combien de temps un insecte peut vivre sans sa tête et plein d’autres choses utiles…

 Si vous hésitez, comme je l’ai fait, entre rire et consternation à la lecture de sujets d’études aussi farfelus, plongez-vous dans ce livre. Vous y découvrirez  l’utilité de ces études sur le monde animal, pourquoi les chercheurs tentent de réduire le rot des moutons (qui abîme la couche d’ozone), l’intérêt de l'iridescence du charançon (pour une avancée significative dans le secteur informatique), l’importance de la taille du sexe du papillon dans la prévention des famines. 

 Pas aussi fous qu’on le croyait, ces scientifiques… Instructif et désopilant !

 Extrait : Qu’y a-t-il de plus pathétique qu’un vieux cafard ? Une bande de vieux cancrelats. Les cafards (ou blattes, ou cancrelats) sont comme nous : ils vieillissent, s’ankylosent, boitent puis crèvent. Le phénomène avait été relativement peu étudié – on se demande bien  pourquoi – jusqu’à ce qu’en 2003 une équipe de biologiste de la Case Western University (Cleveland, Ohio) soumette la blatte à divers exercices : marche forcée sur mini-tapis roulant, ascension de plans inclinés, manœuvre de retournement, démarrage à froid en situation d’urgence. On ne peut exclure qu’un nuage de gaz hilarant soit passé sur Cleveland à l’insu de ses habitants.

 

  L’échappée belle, Anna Gavalda (le Dilettante, 164 p)

_chap_e_belleMalgré son format court et ses répliques amusantes qui en font une lecture agréable de week-end, je reste sceptique. L’avantage, c’est qu’avec ce 4ème livre, je cerne enfin ce qui me gêne chez cet auteur. Son mépris des gens ordinaires. 

Au fil des livres, Anna Gavalda nous donne son échelle de la valeur humaine. En haut de la chaîne de l’évolution : des personnages à la vie bohème, au sens artistique développé, habitant préférentiellement des vieilles et immenses demeures. Au milieu, les héros qui parfois se cherchent mais tentent toujours d’évoluer vers la classe supérieure précitée. En bas les médiocres sans talent, travailleurs ordinaires sans folie, habitants de H.L.M. ou pire de petits pavillons. Les mères de familles organisées, et bien évidemment castratrices, représentant la sous-caste la plus décriée. 

Certes il est facile de rire dans cet ouvrage (et d’ailleurs je l’ai fait) de la pharmacienne guindée, mais doit-on pour autant adhérer à la vision primaire que nous présente l’auteur : petit pavillon de banlieue = petite vie étriquée ? Vie organisée = vie sans intérêt ? Je suis contente pour elle qu’elle ait connu le succès car elle aurait été bien malheureuse de rester dans ma catégorie, celle des gens quelconques, inconnus et sans prétention.

 

 Courir avec des ciseaux*** Augusten Burroughs (éditions 10/18, 317 p)

courir_avec_ciseauxAugusten Burroughs nous narre avec humour son adolescence passée au milieu d’adultes sans repères. On rit d’un œil, on pleure de l’autre, on est bringuebalé d’un bout à l’autre jusqu’à la fin du récit. Impressionnant de lucidité et de détachement, très cru parfois, il nous livre une histoire qui serait effroyable sans cet humour omniprésent. Voici la preuve que la folie n’est pas contagieuse. Respect !

Extrait : Nous possédions un trésor : la liberté. Personne ne nous disait qu’il était l’heure d’aller au lit. Personne ne nous disait d’aller faire nos devoirs. Personne ne nous disait que nous ne pouvions pas boire deux packs de Budweiser pour aller ensuite vomir dans la machine à laver. Alors, pourquoi nous sentions-nous à ce point prisonnier ?

 

 Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire***, Jonas Jonasson (Pocket, 506 p)vieux_anniversaire

Un vieil homme s’échappe de sa maison de retraite en charentaises et subtilise une valise dans la gare du village. Commence alors une cavale loufoque et drôle dans laquelle les rencontres atypiques se succèdent. En parallèle, des chapitres reprennent sa vie depuis l'enfance, vie si improbable que « Forrest Gump » fait figure de petit joueur en comparaison. 

Si j’ai vraiment aimé le personnage de ce vieux débonnaire, allergique à toute idée politique ou religieuse, ainsi que la cavale très entraînante, j’ai regretté la séparation du livre en deux périodes distinctes qui en casse le rythme. Malgré le côté amusant de certaines anecdotes, la répétition sans fin des péripéties historiques finit par lasser et la fin s’essouffle franchement. 

Ce bon livre aurait beaucoup gagné en perdant 100 pages. En l’état, il offre quand même (et ce n'est pas si mal !) un bon moment de détente et quelques tranches de rigolade.

 

  Stupeur et tremblements***, Amélie Nothomb (Poche, 186 p)

stupeur_et_tremblementsRécit autobiographique.

L’auteur a gardé un souvenir idyllique du japon où elle a vécu dans sa petite enfance et y retourne une fois adulte pour découvrir le pays en tant que salariée, au bas de l’échelon nippon. Le décalage entre cette société fantasmée et la réalité de ses journées est drôle et raconté avec beaucoup d’humour. Certains pourront reprocher au livre de montrer une facette déplaisante voire caricaturale du Japon, mais ce récit n’a pas plus valeur de vérité universelle que n’en avaient ses rêves d’enfance. 

Amélie Nothomb n’hésite pas à se moquer d’elle-même autant que des autres, c’est rafraîchissant et ce récit assez court offre un bon moment de détente. Le plus sympathique de tous ceux qu’elle a écrit, à mon avis.

 Extrait: Les attitudes les plus incompréhensibles d’une vie sont souvent dues à la persistance d’un éblouissement de jeunesse…

 

Cul de Sac***, Douglas Kennedy  (Folio 291p)cul_de_sac_2

Premier livre de cet auteur qui prend toujours un plaisir malicieux à plonger ses héros dans des situations si inextricables qu’elles en deviennent burlesques. C’est une belle réussite, le livre se lit d’une traite.  On sourit, on compatit, et on s’inquiète pour ce  malheureux « héros malgré lui » qui n’aspirait qu’à un voyage tranquille. Ce livre vous découragera certainement de visiter le blush australien, mais on passe avec lui un très bon moment.

 

Les vacances anglaises, suivi de N’oublie pas mes petits souliers***, Joseph Connolly (Seuil)

vacances_anglaises_2C’est une peinture de mœurs, caustique et enlevée, de la moyenne bourgeoisie anglaise. Tout le premier roman présente les personnages et leur principal projet : une semaine de vacances dans une station balnéaire anglaise. Le deuxième nous narre les vacances. Un scénario très mince, donc,  et des personnages frivoles : ce n’était pas gagné d’avance.

Mais Connolly a un humour anglais très plaisant, l’art de créer des personnages atypiques et attachants. On se retrouve dans tous ces portraits croisés, dans leurs espoirs et leurs fêlures, on s’attache et nous voilà au bout des 2 tomes sans rien avoir vu venir. On les quitte comme on quitterait des amis. Une mention spéciale pour le narrateur principal, qui porte sur ses proches un regard lucide et désabusé.

Ces deux livres ont été condensés en un film, agréable mais plus léger que les livres, dans lequel joue Jacques Dutronc.

 

Le Lézard Lubrique de Mélancoly Love****, Christopher Moore (Folio)

le_lezard_lubrique_2Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu un livre plus décalé et plus délirant que celui-ci. Christopher Moore s’est fait une spécialité de s’affranchir gaiement des limites de la réalité, sans d’ailleurs partir vers la Science Fiction, les auteurs de SF cherchant à créer une cohérence que lui ne se donne pas la peine de trouver. C’est à mon avis dans cet œuvre qu’il donne la pleine mesure de son talent, La vestale à paillettes d’Alualu et  Un blues de Coyote étant un peu moins aboutis. On ne peut que rester soufflé par son culot : enchaîner tout un récit avec des personnages invraisemblables, un scénario  improbable, et une vague enquête comme prétexte (ce qui explique sa classification au rayon policier).

On obtient à la fin un livre extraordinaire, foisonnant, cohérent dans son délire, dans lequel on entre jusqu’au bout. Ou pas du tout, peut-être...  Un ovni de la littérature que je suis très heureuse d’avoir croisé et que je recommande chaudement.

 Dédicace du livre : cui-là, c’est pour toi maman.

 

God save la France***, Stephen Clarke  (Pocket, 318 p)

god_save_la_franceLes tribulations d’un jeune anglais qui vient travailler à Paris, et doit s’adapter à l’immense différence de culture qui sépare visiblement les deux pays. C’est bien sûr écrit par un anglais. C’est drôle, gentiment moqueur et cela ne se prend pas au sérieux. Le livre est court, plaisant, et on rentre tout de suite dedans. Idéal pour des lecteurs peu réguliers ou un trajet en train.

 Extrait : Mon ami Chris m’avait prévenu : Ne va pas en France. Là-bas la vie est classe, femmes politiquement incorrectes, sous-vêtement classes. L’ennui, c’est que les Français sont impossibles à vivre (…)  - Excuse-moi, avais-je répondu, je dois tirer au clair cette histoire de sous-vêtements.

 

99 francs **, Frédéric Beigbeder  (Grasset)

99_francs_2Critique féroce (et drôle) de la publicité et de ses dérives. L’auteur est lui-même issu de ce milieu dans lequel il a travaillé 10 ans, et il met en cause l’influence néfaste de la publicité sur la société. Sans être totalement autobiographique, le récit semble très proche du vécu de l’auteur, et les réflexions qui en ressortent sont intéressantes.

Cela aurait pu vraiment  être un bon bouquin, mais l’auto-apitoiement du héros agace, et le final délirant saborde le livre. Une impression mitigée au final. Dommage !  Le début promettait beaucoup.

 Extrait : « Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l’univers. Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais. Ciel toujours bleu, nana jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur Photoshop. Images léchées, musiques dans le vent. Quand, à forces d’économies, vous réussirez à vous payer la bagnole de vos rêves, celle que j’ai shooté dans ma dernière campagne, je l’aurai déjà démodée. »

 

Wilt 1**et Wilt 2*, Tom Scharpe  (Domaine étranger 10/18, 288 et  pages)

Un humour très anglais : l’histoire d’un professeur de 40 ans qui lassé d’être en permanence humilié par ses élèves, sa hiérarchie, et sa femme, se décide à supprimer sa femme (il faut bien commencer par quelque chose !). Seulement voilà, quand on n’a pas d’expérience, le meurtre, ce n’est pas si simple…

C’est plaisant à lire et souvent drôle, mais d’un humour assez féroce. Tout y passe : les relations maris-femmes, le travail, le carcan imposé par le « quand dira-t-on ? » etc …Le personnage principal est attachant et le ton original. Le deuxième tome Wilt 2, qui raconte une autre histoire dans la même veine,  est nettement moins bon et je le déconseille.

 Extrait : « Wilt hocha la tête. Il s’y attendait. Il s’était trompé de département, trompé de mariage, trompé de  vie. (…) C’était tout simple. Wilt acheva de déjeuner et monta à la bibliothèque jeter un coup d’œil à la rubrique « insuline » dans une pharmacopée. Il avait dans l’idée que c’était le seul poison impossible à détecter. »