Alabama Song**, Gilles Leroy (éd. Mercure de France, 189 p)

 

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Le style d’écriture atypique de Gilles Leroy se prête parfaitement à la découverte de la personnalité tumultueuse de Zelda, femme exubérante, insouciante, épouse et muse de Scott Fitzgerald.  

« L'amour, je l'ai connu sur la plage de Fréjus. L'amour pour moi, ça n'a duré qu'un mois et ce mois remplit ma vie. »  

Drame d’une artiste qui cherche sa voie à l’ombre de la réussite exceptionnelle de son mari, spoliée d’une partie de ses œuvres, privée de sa liberté. Drame surtout d’un mariage en complète faillite, qui va amener Zelda au bord de la folie.  

« Personne ne sait comment on a pu s'aimer au départ ni comment on s'est supportés toutes ces années. Au départ, je me foutais de lui, à la fin il se foutait de moi. »  

Ce roman, écrit comme un journal intime, réussit le pari de nous attacher à cette personnalité hors normes et donne envie découvrir plus en détails l’œuvre de ces deux artistes. Pourtant on reste légèrement à distance de ce texte construit comme un procès à charge contre Scott, son mari : « J'ai épousé une poupée mâle et blonde pas capable de bander ».   

Le rappel final de l’auteur qui nous demande d’abandonner toute référence à des faits historiques laisse une impression mitigée. Quelle est la part de vérité et d’inventions ? S’est-on fait embarquer à tort dans une histoire que l’on supposait biographique et qui finalement serait issue de l’imagination de l’écrivain ?  

Goncourt mineur (comme tant d’autres), ce joli petit livre fera  passer un bon moment à ceux qui ne sont pas des fins connaisseurs de cette période.

 

Féroces* Robert Goolrick  (Pocket, 447 p)

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Le choix de dévoiler dans la dernière partie l’événement qui a fait basculer sa vie amène l’auteur à construire l’ensemble de l’histoire sur un non-dit.

Dans ses souffrances d’adulte, dans la relation ambigüe entretenue avec ses parents, on devine que sa hargne et sa tristesse ont une vraie cause. En attendant, je me suis ennuyée dans ces petites scénettes sensées expliquer son malaise puisqu’il ne décrit au final qu’une famille ordinaire de la middle class américaine des années 50. Mère au foyer qui s’ennuie, père enseignant, cocktails, robes de soirée, alcool un peu trop présent, fort souci des apparences. Les psychodrames, tels l’absence de vélo ou la robe trouée de sa mère sont tombées à plat, mettant surtout en lumière l’immaturité du narrateur. 

Bien sûr, la révélation éveille une compassion sincère, mais comment ne pas s’interroger sur tout ce fartas, sur les incohérences du récit accentuées par des oublis ? Peux-t-on faire porter à cet événement la responsabilité complète du ratage de sa vie d’adulte, après un tiers de livre passé à décrire une enfance plutôt heureuse ? Sa mère, alcoolisée, a-t-elle véritablement compris la scène avec l’obscurité ? Pourquoi n’a-t-il jamais réussi à avoir une conversation une fois adulte avec elle ? 

Trop de questions sans réponse et une construction de récit inappropriée gâche de mon point de vue le propos de ce livre, qui a pourtant le mérite de parler d’un sujet difficile et insuffisamment abordé.

 

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Le château de verre*** Jeannette Walls(Pocket, 442 p)

Touchante autobiographie d’une journaliste New-Yorkaise dont l'enfance s'est déroulée avec des parents aussi aimants qu'inconscients. De son enfance bohème, dépourvue d'argent et riche d'expériences, elle sort grandie grâce à une force de caractère admirable. 

Très joli livre et vraie leçon de vie.  J’aurai plaisir à le prêter pour le faire découvrir.

 

  

promesseLa promesse de l’aube*** Romain Gary  (Folio, 390 p)

Hymne à l’incommensurable amour maternel et filial, récit autobiographique d’une vie exceptionnelle, à jamais écrite et marquée par cet amour. 

Condamné à la solitude que fait naître l’amour absolu lorsqu’il est connu trop tôt, Romain Gary aurait pu livrer un roman déchirant s’il n’y avait glissé une autodérision permanente qui allège le livre en lui ôtant une part de sa puissance.

 Tour à tour drôle, splendide, répétitif, surprenant, et parfois pédant, le récit oscille tout du long. J’ai pris pour ma part beaucoup de plaisir à cette balade dans la première moitié du 20ème siècle et à la découverte d’un de ses fils prodigues.

 

La merditude des choses** Dimitri Verhulst (10-18, 213 p) 

merditudeDécapant récit d’une enfance passée au milieu de grands alcooliques. Avec  beaucoup d’humour et un zeste d’indulgence, Dimitri Verhulst évoque cette vie libre, mortifère et chaleureuse. Nostalgie d’un expatrié envers son milieu d’origine, où il ne peut, ni ne veut revenir, mais qui regrette la part d’enfance et de fraternité perdues.

 A découvrir pour les nombreuses perles qui émaillent le livre. Deux étoiles pour rester en cohérence avec « Courir avec des ciseaux » d’Augusten Burroughs que j’ai préféré. 

« Le cercueil d’un buveur est rarement lourd à porter, les croque-morts les coltinent plus volontiers que les autres, et dans notre famille, on aurait épargné pas mal d’argent si on avait pu payer au kilo les obsèques de nos cadavres. »

 

Enfer et best-seller* Bridie Clark  (City éditions 355 p)

Inspiré de la vie de l’auteur, ce livre ressemble à un clonage du titre « Le diable s’habille en Prada » simplement transposé au monde de l’édition. Cela se lit agréablement mais évidemment l’originalité n’y est pas. Parfait pour la plage.

 

 Quai de Ouistreham** – Florence Aubenas (éd l’Olivier, 276 p)quai_de_ouistreham

Pour mieux comprendre les conséquences de la crise, Florence Abenas, femme privilégiée travaillant comme grand reporter à Paris, décide en 2009 de recommencer « en bas de l’échelle », sans expérience ni diplômes afin d’appréhender la réalité du monde du travail pour les publics moins favorisés.  A la fois naïve et courageuse, elle s’aperçoit rapidement qu’elle n’est pas bonne à grand-chose et surtout, qu’elle n’intéresse pas les employeurs.

 C’est un livre sincère, méritant et intéressant, plus encore pour les Normands car le récit se situe à Caen. Merci à elle pour cette démarche éclairante sur les conséquences de l’émiettement des heures de travail et de la paupérisation qui en résulte.

 

 Courir avec des ciseaux** Augusten Burroughs (éditions 10/18, 317 p)

 courir_avec_ciseaux Augusten Burroughs nous narre avec humour son adolescence passée au milieu d’adultes sans repères. On rit d’un œil, on pleure de l’autre, on est bringuebalé d’un bout à l’autre jusqu’à la fin du récit. Impressionnant de lucidité et de détachement, très cru parfois, il nous livre une histoire qui serait effroyable sans cet humour omniprésent. Voici la preuve que la folie n’est pas contagieuse. Respect !

 Extrait : Nous possédions un trésor : la liberté. Personne ne nous disait qu’il était l’heure d’aller au lit. Personne ne nous disait d’aller faire nos devoirs. Personne ne nous disait que nous ne pouvions pas boire deux packs de Budweiser pour aller ensuite vomir dans la machine à laver. Alors, pourquoi nous sentions-nous à ce point prisonnier ?

 

 homme_aimait_tout_basL’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino (Gallimard, Folio)

Récit autobiographique à but thérapeutique pour réussir le deuil d’un père adoptif qui s’est donné la mort. Si je partage et comprend parfaitement la douleur de l’auteur et son besoin d’écrire pour exorciser sa peine et ses regrets, je ne vois pas l’intérêt de publier ce genre de texte. Il ne cherche pas à nous amener d’un cas particulier à une émotion universelle, ce qui est pour moi le propre de la littérature. Il égrène ses souvenirs, l’homme qu’était son père, ce qu’il aimait, ses numéros de lotos préférés…quel intérêt pour nous qui ne l’avons pas connu ?

Je me suis arrêtée au milieu, il m’a semblé que cette histoire de famille ne me regardait pas.

 

Stupeur et tremblements***, Amélie Nothomb (Poche, 186 p)

stupeur_et_tremblementsL’auteur a gardé un souvenir idyllique du japon où elle a vécu dans sa petite enfance et elle y retourne une fois adulte pour découvrir le pays en temps que salariée, au bas de l’échelon nippon. Le décalage entre cette société fantasmée et la réalité de ses journées est drôle et raconté avec beaucoup d’humour. Certains pourront reprocher au livre de montrer une facette déplaisante voire caricaturale du Japon, mais ce récit n’a pas plus valeur de vérité universelle que n’en avaient ses rêves d’enfance. 

Amélie Nothomb n’hésite pas à se moquer d’elle-même autant que des autres, c’est rafraîchissant et ce récit assez court offre un bon moment de détente. Le livre le plus sympathique de tous ceux qu’elle a écrit, à mon avis.

 Extrait: Les attitudes les plus incompréhensibles d’une vie sont souvent dues à la persistance d’un éblouissement de jeunesse…