02 septembre 2015

N’oublier jamais, Michel Bussi (Pocket, 542p)

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La première moitié alléchante (qualité de l’intrigue, densité du personnage principal) donne quelques inquiétudes quant à sa résolution : comment l’auteur va-t-il se sortir de la situation compliquée dans laquelle il a imbriqué son héros ? 

Inquiétudes justifiées : on pressent la machination  et lorsqu’elle se dévoile, elle fait un peu sourire tant les pièces s’emboitent merveilleusement. Admettons !

Mais comme pour les matriochkas, la machination cache d’autres intrigues, qui vont ensuite mettre à jour un nouveau niveau de révélation.

Est-ce qu’à la fin tout cela se tient ? Si la patience du lecteur n’a pas été usée par tous ces revirements, peut-être… les autres trouveront cette histoire tout simplement trop tirée par les cheveux. 

Il semble que Nymphéas noirs soit plus intéressant, je tenterai un autre essai avec cet auteur. 

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La musique du hasard**, Paul Auster (éd. Babel)

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Paul Auster n’aurait pu trouver meilleur titre pour introduire l’histoire de cet homme qui n’a aucun sens à donner à sa vie. Riche de 200 000 dollars, il parcourt l’immensité américaine jusqu’à ce qu’une rencontre imprévue l’entraine vers une autre voie, aussi absurde que la précédente. 

Et pourtant ce roman possède une surprenante force d’attraction. 

Qualité de l’écriture, fascination pour ces personnages qui glissent doucement vers leur anéantissement ? Cet univers décalé et absurde, intriguant, inquiétant, capte l’attention. 

Ce deuxième Paul Auster m’a fait comprendre beaucoup mieux que ne l'avait fait La nuit de l’oracle l’intérêt que les lecteurs portent à cet auteur. 

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31 août 2015

Le mandarin Blanc** Jacques Baudouin (JC Lattes, 325p)

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Léger et agréable, une découverte plaisante des tentatives d'évangélisation de la Chine .

Un CD avec les enregistrements des musiques italiennes adaptées aux instruments chinois complète la découverte de l’univers du compositeur Téodorico Pedrini.

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Geisha*** Arthur Golden (Livre de Poche)

geisha

Une écriture fluide pour dépeindre un univers dépaysant et fascinant, bien loin des clichés habituels sur ce statut.

Le film tiré du livre est très fidèle à l’esprit de l’œuvre. 

Un très bon moment de lecture.

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La pourpre et l'olivier. Calixte Ier, le pape oublié - Gilbert Sinoué (Folio, 626 p)

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Gilbert Sinoué prend une période trouble de l’histoire romaine (le règne de Commode),  un personnage dont il ne semble rester que peu de traces historiques, Calixte Ier, et avec cela il nous fait sa petite cuisine. 

Un zeste de cruauté et un soupçon d’érotisme : mélangez bien les deux.  Prenez une belle jeune fille innocente (si disponible à la saison), saupoudrez de martyre chrétien. Pimentez l’intrigue avec un amour romantique et contrarié, et c’est prêt ! 

On aime ou on n’aime pas, les goûts en cuisine, cela ne se discute pas.

Disons simplement que ce récit n’est pas destiné aux lecteurs férus d’histoire (Marcia, la célèbre concubine de Commode tombe amoureuse du héros, pour donner un exemple…).

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Oscar et la dame rose**, Eric-Emmanuel Schmitt

Oscar

On pourrait facilement faire des reproches à cet ouvrage, en particulier sur la forme : Oscar, 9 ans, ne s’exprime absolument pas comme un enfant et sa façon d’aborder les choses sent l’adulte déguisé à plein nez. 

Je préfère rendre mérite à l’auteur d’avoir osé aborder un sujet sensible : le malaise actuel de notre société face à la mort, et de l’avoir pris de front avec ce récit de la fin de vie d’un enfant atteint d’une maladie incurable. 

Dans une société qui a choisi depuis deux générations d’exclure la mort et l’extrême vieillesse du champ social, la solitude d’Oscar interpelle. L’auteur rend parfaitement l’embarras des soignants comme le trouble des parents, interprété fort justement par l’enfant comme de la lâcheté face à cette évidence : il va mourir, pourquoi personne n’a-t-il le courage de lui dire et de l’accompagner véritablement dans cette tâche difficile ? 

Cette histoire, mal écrite mais bien conduite, fonctionne finalement.

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28 mai 2015

La maison du bout du monde ****– Michael Cunningham (domaine étranger 10/18, 425 p)

maison_bout_mondeUn livre au charme très insidieux.

On croit au premier abord avoir affaire à une histoire vaguement caricaturale des années 80 (ce que laisse d’ailleurs penser la 4ème de couverture). Puis on découvre tout un éventail de relations humaines et des personnages d’une grande justesse.

L’analyse de leurs caractères, leurs questionnements sur leurs devenirs, sur le sens qu’ils veulent donner à leurs vies (ou parfois sur l’absence de sens),  tout «l’habillage » du roman crée une résonnance qui lui permet de dépasser le champ de cette histoire particulière pour s’adresser à tous.  

De plus l’écriture très agréable de Cunningham est accessible cette fois-ci, au contraire de son roman « Les heures »,  dont les subtilités ne pouvaient être saisies que par les connaisseurs de l’œuvre de Virginia Woolf.

Une réussite inattendue et un vrai coup de cœur pour cette œuvre que je relirais volontiers.

 « - De tous les êtres sur terre, c’était vraiment lui que tu voulais épouser ? Tu n’as jamais craint de faire une sorte d’erreur à terme, de perdre le fil de ta vraie vie et de partir, je ne sais pas, sur une tangente sans retour ? »

Elle écarta la question d’un geste de la main comme si elle chassait une mouche à moitié endormie mais obstinée. Ses doigts étaient rouge tomate. « Nous ne nous posions pas de questions aussi importantes, dit-elle. N’es-tu pas fatigué de tant penser, t’interroger, planifier ? »

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12 mai 2015

Les vivants et les morts **– Gérard Mordillat (éd Livre de poche, 829p)

vivants_et_mortsUne forme  d’écriture qui n’est pas suffisamment à la hauteur du fond.

L’histoire de ce bassin industriel a l’intérêt de nous faire rentrer au cœur de la douloureuse réalité de la désindustrialisation. L’auteur y aborde de façon pragmatique l’impact de la vie de l’usine sur le quotidien de ses personnages, en évoque tous les aspects ; la fierté, l’amour physique, les angoisses de fin de mois, les problématiques d’égalité de la femme dans ce contexte difficile.

Il a le mérite de nous faire réaliser à quel point la situation est insoluble pour un certain nombre de laissés-pour-compte et on ressent pleinement l’injustice de leur situation.

Cependant j’ai regretté le grand nombre de dialogue mal formulés, trop plats (y a quoi à midi ? Du hachis…)  ou au contraire trop grandiloquents pour qu’on puisse les visualiser dans la bouche des personnages. Certaines histoires parallèles et les nombreuses d’intrigues amoureuses semblent superflues.

Trois étoiles pour l’intention et une seule pour la réalisation. N’est pas Zola qui veut.

Extrait :

« Il compte sur ses doigts :

-Un, tu n’as rien à toi : ta maison elle est à la banque ; le jour où ils te ferment le robinet, t’es à la rue. Deux, en théorie tu peux aller où bon te semble, en réalité comme t’as pas un sou devant toi, t’es bien obligé de rester là où tu es ! Je ne te demande pas où tu vas en vacances, je connais la réponse : tu restes là, t’es assigné à résidence. Trois, tu travailles pour gagner tout jsute ce qui te permet de survivre, rien de plus. Et si tu t’avises de te plaindre, le peu que tu as, on te l’enlève pour t’apprendre les bonnes manières.Alors tu la fermes parce que ta baraque, ta femme, tes gosses…

Alors d’accord, t’es pas fouetté, t’es pas vendu sur le marché, t’as le droit de vote et le droit d’écrire dans le courrier des lecteur de La voix que t’es pas d’accord avec ce qui t’arrive, t’as la liberté d’expression. Quelle liberté ? »

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L’enfant allemand, Camillia Lackberg (Actes Sud, 454 pages)

enfant_allemandJe me demande ce que peuvent penser les policiers suédois des ouvrages de Camillia Lackberg tant son roman donne une piètre opinion de leur travail.

 Nous avons donc :

-  la standardiste qui adore garder les enfants 

-  un inspecteur flemmard incapable d’effectuer un relevé d’empreinte en cinq jours de temps (sa seule mission)

-  le chef qui part promener son chien et faire la cour à son amie pendant son temps de travail, au grand soulagement de tous ses subordonnés.

- un enquêteur compétent, malheureusement en congés paternité, et donc obligé de revenir sur les lieux du crime avec sa fille d’un an (d’où l’intérêt du personnage de la standardiste..)

Reconnaissons que l’intrigue, qui offre des allers-retours dans le passé, est intéressante en particulier les longs passages concernant la guerre 39/45. Tout cela est malheureusement gâché par l’amateurisme des enquêteurs cités précédemment.

J’ai soupçonné longtemps un des personnages que nos fins limiers l’avaient éliminé pour cause d’alibi.  Le personnage en question, interrogé(e) par leur soins, part prendre son agenda, et leur dit : "j’étais dans tel pays à telle période. Je ne peux donc pas l’avoir tué ". CQFD. J’avais supposé bêtement qu’une fois revenus au bureau ils avaient procédé à une petite vérification (compagnies aériennes, listing de vol etc…).  Comme c’était naïf de ma part...

Fort heureusement, à dix pages de la fin du livre, une jeune inspectrice a une illumination : nous n’avons pas pensé à vérifier l’alibi. Hop, un coup de fil à la compagnie, et voici l’identité du coupable qui apparait !

Les romans policiers, y a pas à dire, c’est magique… un certain nombre d’auteur ont choisi ce style pour pouvoir s’affranchir gaiement de toute rigueur scénaristique, et le pire, c’est qu’ils arrivent à vendre leur livre.

La seule chose qui m’ait consolé d’avoir lu ces 450 pages, c’est que pour une fois, il ne s’agit pas d’un livre que j’ai acheté.

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04 avril 2015

Manuel de survie à l’usage des incapables***, Thomas Gunzig (Au diable Vauvert, 406 p)

Si vous êtes prêt(e)s à accepter une part de fiction dans un roman, plongez-vous sans hésiter dans cette critique acérée de nos sociétés et de leurs devenirs.

Radiographie d’un univers violent dans laquelle tout est mesuré, évalué, chiffré ; où tout doit être utile, consommable, fonctionnel, ce livre met en avant le cynisme et la médiocrité des existences dévolues au consumérisme et nous questionne finalement sur nos choix de vie.

Que va-t-on pouvoir faire de Martine Laverdure, 54 ans, caissière comme tant d’autres dans un supermarché de banlieue, jamais malade, jamais en retard, mais un peu trop lente ? Sur ce point de départ,  l’auteur nous entraine dans une histoire surprenante dont le rythme allège agréablement la part sarcastique.

Malgré sa qualité d’écriture très moyenne, la rareté de ce genre d’ouvrage me fait le classer dans mes coups de cœurs de l’année et m'a donné envie de découvrir plus en détail l'univers de Gunzig.

A découvrir.

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