03 juillet 2013

La constance du jardinier***, John Le Carré (éd Points 519 p)

la_constance_du_jardinierClassé à tort au rayon policier, il décevra les amateurs de rythme. L’histoire lente ne connait pas de rebondissements et les clés de l'intrigue sont livrées dès le début du récit.  Mais il a beaucoup d’autres atouts, son ambiance africaine postcoloniale,  la découverte glaçante de l’univers des firmes pharmaceutiques (comment ne pas penser aux vaccins insuffisamment testés qui seraient à l’origine de la pandémie du sida en Afrique…),  ses personnages fouillés et touchants.

Au cœur de ce livre : l’irréprochable Justin, époux d’une jeune femme idéaliste et séduisante. Justin, qui après l'assassinat de sa femme, prend la mesure de son aveuglement et entame une quête rédemptrice. 

Faux policier et véritable histoire d’amour…. Lancinant et envoûtant !

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11 juin 2013

Seul le silence*, R.J. Ellory , (éd. le Livre de Poche, 600 p)

seul_le_silenceBelle écriture en grande partie gâchée par le manque de crédibilité du scénario.

La présentation originale (l’auteur a choisi pour narrateur une victime collatérale) et le héros intéressant n’arrivent pas à faire décoller ce policier introspectif dont l’intrigue reste toujours en arrière-plan. Le faible nombre de personnages présentés laisse deviner au 2/3 du livre le meurtrier probable, faisant tomber à plat la conclusion ; et lorsque je dis probable c’est par simple manque de choix car les motivations que l’auteur lui attribue sont simplement incompréhensibles (voir extrait ci-dessous).

 Les invraisemblances émaillent le scénario : l’absence du FBI, la romance peu crédible au vu des mœurs de l’époque, et d’autres que je ne peux dévoiler sans révéler l’intrigue mais qui ont signé ma rupture avec l’œuvre. J’aurais aimé également que l’auteur prenne plus de temps pour présenter les victimes, plutôt que de nous ressasser indéfiniment la liste de leurs noms, provoquant plus d’agacement au final que de compassion.

 N’ayant déjà pas accroché à « Vendetta » pour des motifs similaires, ce sera mon dernier Ellory. 

Extrait : Parce qu’il a tué la première fillette, et à partir de là, il a eu honte. Je crois qu’elle lui parlait, le raillait, le suivait partout où il allait, et chaque petite fille qu’il voyait lui rappelait la première, puis la deuxième, puis la troisième. Et il devait faire taire leur voix, Joseph. Je crois qu’elles lui parlaient pour lui faire perdre la tête. Elles l’empêchaient de dormir. Elles l’empêchaient d’avoir la moindre vie. Il devait les faire partir…et finalement, au bout du compte, elles n’ont plus fait qu’une, leurs regards étaient identiques, leurs voix étaient comme une seule voix, et la seule manière de les réduire au silence étaient de les tuer. La culpabilité, tu vois ?

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06 juin 2013

Eux sur la photo** Hélène Gestern (éd. Arléa, 274p)

Légère déception pour ce roman que l’on m’avait annoncé comme « la grande histoire d’amour » du moment. Sous une forme épistolaire au charme un peu suranné, une femme cherche à en apprendre plus sur sa mère, morte dans sa petite enfance et découverte par hasard sur une photo. Elle entame une correspondance avec un homme ayant reconnu l’un des personnages de cette photo. 

Autant une enquête qu’une quête identitaire, le puzzle de la vie de leurs proches prend forme progressivement, éclairant et réécrivant leurs années d’enfance. Bon départ pour un résultat un peu trop convenu. Dommage. 

Extrait : Je me demandais ce qui fait la vérité d’un être, ce que l’on devient quand on grandit sans souvenirs, qui étaient ces gens qui m’avaient connue et dont je ne savais rien, s’il restait en moi quelque chose d’eux, un mot, une image, une odeur.

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Extrait du mois : Les attitudes les plus incompréhensibles d’une vie sont souvent dues à la persistance d’un éblouissement de jeunesse. (Amélie Nothomb)

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22 mai 2013

Les heures souterraines***, Delphine de Vigan (livre de poche, 248 p)

heures_souterrainesBeau roman, émouvant, sensible et triste sur la solitude moderne.

Deux destinées face à l’adversité. Un homme qui refuse les miettes d’amour qu’on lui tend ; une femme dans la lente descente aux enfers du harcèlement moral.

Ce livre se lit d’une traite, magnifique description du monde de l'entreprise et de ses travers.

 Extrait : Il faut qu’il la quitte. Il faut que ça s’arrête. Il a suffisamment vécu pour savoir que cela ne se renverse pas. Lila n’est pas programmée pour tomber amoureuse de lui. Ces choses-là sont inscrites au fond des gens comme des données dans la mémoire morte d’un ordinateur. Lila ne le reconnaît pas au sens informatique du terme, exactement comme certains ordinateurs ne peuvent lire un document ou ouvrir certains disques. Il ne rentre pas dans ses paramètres. Dans sa configuration (…) Il est trop sensible, trop épidermique, trop impliqué, trop affectif. Pas assez lointain, pas assez chic, pas assez mystérieux. Il n’est pas assez.

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18 mai 2013

Le déclin de l’empire Whiting**, Richard Russo (éd. 10/18, 633 p)

d_clin_whithingUn rythme lent adapté au déclin de cette petite ville américaine nostalgique de son passé, des personnages communs et pourtant attachants, une trame d’histoire intéressante. Malheureusement la lenteur de la mise en place m’a freiné (le rythme s’accélère sur la fin) et les nombreuses redites lors de la présentation du caractère des personnages n’ont fait qu’accentuer ce sentiment d’étirement. Autant certains passages, concernant Tick ou sa mère par exemple, sont fins ; autant j’ai trouvé agaçant de relire quatre fois que Silver Fox joue au rami en maillot de corps, que David a perdu son bras (il le redit à chaque conversation), ou bien que le nom de Max soit toujours évoqué en précisant qu’il vit aux crochets de tous (j’ai perdu le compte). 

Dans ce style d’histoire, petite ville touchée par un drame mêlée à l’étude psychologique de gens ordinaires, j’ai préféré « De si beaux lendemains » de Russell Banks.

 Extrait : Janine n’identifiait que trois besoins primitifs : manger, baiser, et assassiner cette emmerdeuse de mère. Elle n’aurait pas su préciser lequel était le plus puissant, mais ne doutait pas que le troisième fut le plus dangereux, peu de choses semblant en mesure de s’y opposer. « Tu sais quoi, Béatrice ? »demanda Janine, qui n’employait le prénom entier que pour suggérer la proximité d’un nouveau matricide. «  Tu es jalouse, voilà. » De sa jeunesse relative, de son activité sexuelle et du poids perdu, cela allait sans dire.

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15 mai 2013

Le chœur des femmes, Martin Winckler (Folio)

choeur_des_femmesCe livre possède une longue liste de défauts : personnages manichéens (gentil généraliste opposé aux méchants spécialistes inattentifs aux patients) ; héroïne hautaine et surdiplômée qui se transforme en une semaine en une praticienne aimable et respectueuse (crédible !) ; vision excessive voire déformée du monde médical (on finirait par penser qu’il n’existe que trois bons médecins en France : Sachs, le héros et un de ses amis);  fin « cul-cul la praline » à la limite du grotesque.

J’ai pourtant pris plaisir à le lire et l’ai d’ailleurs fini rapidement. Malgré ses nombreux excès, on le sent écrit par un auteur sincère, renseigné et amoureux des femmes. Il met le doigt sur des disfonctionnements réels du monde médical : difficulté d’accès aux soins pour les publics moins favorisés, jugement moraux réactionnaires nuisant au respect des patients comme aux prescriptions, esprit de corps du monde médical en cas de faute professionnelle, relations malsaines entre praticiens et laboratoires. On sent chez cet auteur l’envie de déclencher une prise de conscience. Réussira-t-il à atteindre son but avec un point de vue si peu nuancé ?J’en doute.

 Sympathique mais très difficile à recommander.

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24 avril 2013

Extrait du mois : « Les politiciens n’ont plus qu’un seul rôle sérieux à tenir aujourd’hui : masquer qu’ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu’elle n’est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C’est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement… » Alain Damazio, La zone du dehors.

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21 avril 2013

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, Steven Hall (Robert Laffont Pavillons, 437 p)

dormir_oubli_requinEn partant de bons thèmes, l’amnésie et la reconstruction identitaire, l’auteur dérive vers des thèses qui n’auraient pas déparé dans un mauvais bouquin de SF. Malgré mon goût prononcé pour les récits décalés j’ai eu du mal  à adhérer aux postulats qu’il impose, mal préparés, pas assez explicités. De mon point de vue il manque la cohérence d’univers indispensable à ce type de littérature, construit ici de bric et de broc. La lourdeur des dialogues plombe plusieurs passages et c’est avec soulagement que je me suis aperçue que cinquante pages du livre étaient quasi blanches tant j’aspirais à en voir la fin.

J’aurais aimé finalement que cet auteur conserve ses bonnes 150 premières pages, puis qu’il passe la main à un autre écrivain comme l’avait fait Daniel Pennac avec des amis dans un policier à quatre mains (soit quatre écrivains au total), le résultat aurait peut-être été plus convaincant.

 Pas indispensable.

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07 avril 2013

Un loup est un loup***, Michel Folco (Points, 629p)

loupPlongée colorée dans le Rouergue du XVIIIème siècle, dans une langue savoureuse et épicée. On est captivé par l’ambiance, les croyances, la richesse et la précision de l’univers encore très moyenâgeux de cette province reculée. Il est plus difficile d’adhérer à la personnalité du héros aussi attachant qu’insupportable, rancunier à l’extrême, violent, sensible, dévoué à ceux qu’il aime, mais incapable d’accepter les contraintes de la vie sociale.

Une fois de plus, je ne remercie pas l’éditeur pour sa 4ème de couverture qui dévoile les ¾ du livre, aussi je vous invite à ne pas le retourner. Si j'ai trouvé l’opiniâtreté du héros (qui sert de prétexte à l’histoire) un peu insistante, ce roman, dense et truculent, se dévore d'une traite. A découvrir.

Extrait : A l'instar de l'opinion générale, il considérait comme dangereux  que des enfants puissent croire que leur âge tendre leur offrait la possibilité de commettre des crimes en étant assuré de l'impunité. Par conséquent, et bien que mettre à mort un garçon de douze ans puisse sembler férocement impitoyable, il le fallait, car l'exemplarité d'un tel châtiment servait à prévenir d'autres enfants de devenir à leur tour criminels.

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