09 janvier 2013

La possibilité d’une île***Michel Houellebecq (Le livre de Poche, 480 p)

Sur les conseils d’un ami proche, je reprends Houellebecq et partage entièrement son avis sur cet ouvrage : les livres écris précédemment par l’auteur ne possibilite_d_une_ilel’ont été que pour l’amener à celui-ci, le meilleur et le plus abouti. 

S’il y reprend des thèmes déjà explorés (misère sexuelle, vacuité des rapports humains), l’auteur se livre enfin de façon plus personnelle et expose sans faux-semblants son point de vue sur l’existence et sur la société qui l’entoure. Que l’on partage ou pas son point de vue (et les critiques virulentes des lecteurs montre à quel point il déchire l’opinion) n’est peut-être pas le plus important. L’existence même de ce regard critique, sa sincérité, sa lucidité crue, est un plus pour tous de part sa rareté dans le paysage littéraire et de part le débat qu’il suscite. 

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture ; récit pathétique, déchirant et émouvant d’une existence humaine dont les désirs et l’envie d’amour ne déclinent pas, tandis que ses possibilités d’obtention du bonheur s’amenuisent. Ce texte pourrait être perçu comme une forme d’invitation au bouddhisme et à l’abandon du désir inextinguible causant notre malheur, mais l’auteur a construit en parallèle dans son récit un corollaire à peine plus engageant : l’anticipation d’une société humaine débarrassée de ses pulsions, à la vie semi végétative. Alors entre la tentation du désir et son abandon, point de salut ? Et quelles possibilités de bonheur ? 

Même si ces questionnements ne sont pas récents, l’ambition de la démarche tout comme ce regard tendre et cruel posé sur une société au bord du gouffre le fait enfin rentrer à mes yeux dans la catégorie qu’il semblait briguer depuis le départ : celles des auteurs qui comptent. Je lui mets donc cette fois un grand « A ».

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12 septembre 2012

La carte et le territoire*, Michel Houellebecq. (Flammarion 428p ) - Prix Goncourt 2010

Je me suis souvent interrogée sur le succès de Houellebecq et sur le tapage médiatique qui entoure l’arrivée de chacun de ses livres. Certains estiment que c’est le résultat d’un marketing intensif allié à des provocations déplacées, d’autres le classe dans les écrivains majeurs de la littérature française contemporaine.  Personnellement, mes différentes lectures (Les particules élémentaires, Extension du domaine de la lutte, La carte et le territoire) ne m’ont jamais donné le sentiment d’un auteur avec un grand A. 

La carte et le territoire se lit agréablement après un départ un peu poussif, le personnage principal se révèle attachant. Houellebecq se met lui-même en scène sans complaisance dans son livre, dans la peau d’un personnage alcoolique et misanthrope, assez fidèle à la réalité semble-t-il. Narcissisme poussé à l’extrême diront certains, trait de génie littéraire diront d’autres.  Au final, rien de révolutionnaire dans cette œuvre se déroulant dans le marché de l’art et le petit microcosme parisien/people pour finir dans une étrange imitation de roman policier. Un prix Goncourt usurpé ?

 Il me semble que la véritable originalité des livres de Houellebecq réside dans son point de vue désabusé sur le monde, ses héros sans attaches, pleinement conscients de leur solitude et de l’inanité de tout lien social ;  l’ironie de leur réussite alors même qu’ils ne s’y intéressent pas. On peut estimer que c’est dans les liens entre les uns et les autres que se trouve la véritable saveur de la vie, ou bien adhérer à cette vision désenchantée du monde qui fait l’originalité (ou la lucidité ?) de ses romans, c’est un choix très personnel.

Un auteur difficile à conseiller par conséquent…

 Extrait : « C’est vrai, je n’éprouve qu’un faible sentiment de solidarité à l’égard de l’espèce humaine… » dit Houellebecq comme s’il avait deviné mes pensées. Je dirais que mon sentiment d’appartenance diminue un peu tous les jours.»

 

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